2019-09-27 17:13

À Cologny, l’hypocondrie guérit de l’ennui

Théâtre / Critique

Après Molière, Cyril Kaiser trouve un remède parfait pour «Le Malade imaginaire»: la marionnette. À voir au Crève-Coeur!

Joël Waefler fait l'enfant gâté tout en manipulant celui qui le purge.

Joël Waefler fait l'enfant gâté tout en manipulant celui qui le purge.

(Photo: LORIS VON SIEBENTHAL)

  • Katia Berger

Chez Cyril Kaiser, la marionnette n’est jamais décorative – n’en déplaise à l’orfèvre Christophe Kiss, son complice. Plus qu’un artifice, plus même qu’un acteur, le pantin participe en plein à la lecture de l’œuvre adaptée. Après l’avoir attelé à «L’Ours» de Tchekhov et à «La Cantatrice chauve» d’Ionesco, le très savant et très poilant fondateur du Théâtre du Saule Rieur (dix ans de service) l’attache à réinterpréter la comédie des comédies, «Le Malade imaginaire» de Molière – et son tombeau comme chacun sait.

Elles sont sept, allant du format de la marionnette à gaine à celui de la taille humaine, à se mouler dans le jeu des quatre comédiens qui les manient. Les plus imposantes incarnent les personnages irréductibles, comme la pulpeuse Béline qui se languit d’hériter d’un époux mal portant. Chez les plus petites, le rôle assumé de poupées n’est pas à exclure – voire de Playmobil façon XVIIe.

Car qui est l’hypocondriaque Argan, sinon un bambin en mal d’attention (Joël Waefler), un minot délaissé qui soigne l’ennui de sa maman à l’aide de médecins imaginaires?, nous chuchote un Kaiser fin psychologue – et déjà crédité d’un retentissant «Misanthrope» en 2011. Seul l’enfant capricieux pense manipuler son monde, quand chacun, mû par les pires ou les meilleures intentions, manipule en vérité sa propre crédulité.

Aussitôt guéri d’une naïveté maladive, Argan recouvrera l’amour de sa fille Angélique (Vanessa Battistini), l’amitié de sa bonne Toinette (Nicole Bachmann), la gratitude de son gendre Cléante (Blaise Granget) et une maturité garante de santé. Au passage, grâce aux ficelles d’une théâtralité révélatrice de duplicités, il sera enfin débarrassé des charlatans, des hypocrites et des remèdes nés de ses lubies… À noter que ce malin «Malade», après Cologny, ira faire profiter le Théâtre des Marionnettes de ses convulsions. Diantre, «le défunt n’est pas mort»!

«Le Malade imaginaire», théâtre Le Crève-Cœur, jusqu’au 20 oct., 022 786 86 00, www.lecrevecoeur.ch

Tribune de Genève