2015-07-03 07:27

Cette jeunesse qui rêve de participer à la vie politique

  • Judith Mayencourt

C’est une toute jeune adulte, presque une adolescente encore, tout en courbes généreuses. Minitop largement échancré, épaule tatouée, jupe courte, pieds nus et vernis.

Dans le bus surchauffé qui me ramène chez moi, elle parle vite et fort, avec enthousiasme, presque jubilation. Sa copine, un peu plus jeune qu’elle, affiche une moue dubitative. Elle n’a pas vraiment voix au chapitre.

Ce qui provoque cette excitation profonde dont profitent tous les passagers? Les votations populaires! Un?exercice que la jeune fille juge aussi capital que passionnant. Chaque objet, fédéral, cantonal ou communal, provoque des discussions homériques avec sa mère. Car toutes deux ne partagent pas les mêmes convictions mais adorent s’affronter verbalement.

Ah, la votation genevoise sur les tarifs des transports publics! Quelle épopée… Par sa voix tonitruante, tout le bus revit la controverse qui agitait le?canton il y a un an. Pour ma jeune voisine, ce premier vote a été vécu comme une expérience fondamentale. Presque un rite de passage, une initiation. Depuis, elle est mordue. Pas question de laisser traîner une enveloppe de vote sur la table du salon.

«C’est vachement important de voter. Tous les jeunes devraient le faire. C’est un devoir», assène-t-elle avec sa belle énergie juvénile, en se désolant que nombre de pays n’aient pas la même chance que la Suisse. Sa copine bredouille une réplique qui se perd dans l’air brûlant. J’ai beau garder en mémoire les échanges vigoureux avec mon père après Table ouverte, le dimanche à midi, j’en reste médusée.

Les jeunes et la chose publique se conjugueraient-ils au pluriel? Le grand sondage présenté par la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse brosse un tableau bien plus optimiste que ce que montrent les chiffres de participation aux scrutins.

Neuf jeunes sur dix se disent attachés à leur pays, quel que soit leur passeport. Politiquement, ils sont plutôt centristes. Et la moitié des 17?ans se disent intéressés par la vie politique. Les garçons davantage que les filles, et les Romands plus que les Alémaniques et les Tessinois. Deux tiers d’entre eux aimeraient d’ailleurs participer aux prochaines élections fédérales. Pourquoi dès lors n’y a-t-il que 17% des jeunes citoyens à glisser un bulletin dans l’urne? C’est un des mystères que les partis tenteront de percer cet automne.

Avec son programme Easyvote, le?Parlement des jeunes s’est mis à la?tâche: recherche de parrains prêts à?s’engager auprès de leurs amis, campagne d’information sur le Web, etc. Son objectif est que 40% des 18-25 se rendent aux urnes – une proportion identique à celles du reste de la population. Parce que ma voisine de bus n’est pas une exception.

Tribune de Genève

Judith Mayencourt, cheffe de la rubrique Suisse.
Judith Mayencourt, cheffe de la rubrique Suisse.