2016-07-21 07:15

La mise au pas se poursuit chez BNP Paribas Suisse

Place financière

La filiale helvétique a payé 3,8 milliards pour l’amende américaine. Ses effectifs ont fondu de 200 personnes en trois ans.

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Près de la moitié (43%) de l’amende record payée par BNP Paribas il y a deux ans, pour avoir violé un embargo états-unien au Soudan, en Iran et à Cuba de 2002 à 2009, a dû être endossée par sa filiale suisse. C’est ce que révèle un rapport publié par BNP Paribas (Suisse) SA le mois dernier. Passé inaperçu, le chiffre était déjà apparu dans le rapport annuel 2014.

Sur les 8,97 milliards de dollars de sanctions imposées par Washington, «il a été décidé de mettre à sa charge une partie des sanctions financières, soit 3,85 milliards de dollars, sur la base des volumes de transactions non autorisées dont elle était à l’origine». A titre de comparaison, les capitaux propres de la filiale étaient de 2,3 milliards à la fin du mois de décembre.

En Suisse, la banque est présente à Zurich, Lugano et Bâle mais les quatre cinquièmes des troupes travaillent à Genève. La maison y est implantée depuis 1872 et y concentre ses activités dans le financement du négoce de matières premières. La filiale du bout du lac en était même venue à dominer cette activité au niveau mondial.

Bureaux fermés

L’entité qui a attiré la foudre de la justice américaine sur le groupe français reste dans le collimateur de son siège parisien. Au niveau comptable comme sur le front des effectifs. Le rapport indique que fin 2015, la filiale suisse employait 1368 collaborateurs, contre 1700 en 2010. Jamais en plus d’une décennie elle n’en a recensé aussi peu.

Jusqu’en 2013, entre 300 et 400 personnes œuvraient directement ou non dans le négoce au sein de l’établissement dans le canton. Aucune précision n’est apportée sur la fonte de ces équipes. Des restructurations au sein de la banque d’investissement de BNP Paribas international auraient également conduit à la suppression de postes à Genève. La première secousse était survenue en mars 2014 – quelques mois avant la sanction – quand une vingtaine de personnes ont appris qu’elles étaient licenciées.

Des sites fermés à Genève

Des sites ont également été fermés à Genève, souligne une source au fait de la situation en interne. La banque, qui occupait six bâtiments du centre-ville en 2014, n’en dispose que de trois aujourd’hui. Une concentration qui pourrait se poursuivre, alors que ses bureaux à la Corraterie sont dégarnis selon cette source.

Le vide laissé par BNP Paribas continue d’attirer la concurrence dans le domaine du financement du commerce international de pétrole, de minerais ou de céréales. Le groupe italien UniCredit a ouvert un bureau genevois dédié à cette activité l’an dernier. D’autres sociétés ont recruté sur ces métiers, qu’il s’agisse du hollandais ING Group, de Hindujah Bank Switzerland ou de Arab Bank (Switzerland). Des anciens employés de BNP Paribas ont également rejoint UBS ou Credit Suisse.

Métier qui change

Interrogée sur cette mise au pas, une porte-parole explique que «BNP Paribas Suisse s’adapte à un environnement très changeant». La maison développe désormais ses autres activités – de la gestion de fortune aux prêts aux entreprises. Dans les matières premières, elle demeure «un acteur majeur de la place», même si le métier, toujours plus réglementé et informatisé, a «beaucoup changé».

La filiale genevoise n’en demeure pas moins sous tutelle. C’est aujourd’hui Geoffroy Bazin, un ancien de «l’Inspection générale» – la police interne de la banque – qui tient en main le paquebot de verre de la place de Hollande depuis le début de 2014.

Tribune de Genève