2018-05-06 17:39

Bénédiction de bateaux à Port-Choiseul

Versoix

Un pasteur et un curé ont béni une vingtaine d’embarcations ce dimanche. Une première au bout du Léman.

Alain Chardonnens et Bruno Gérard, respectivement prêtre et pasteur à Versoix, bénissent un bateau de la société des sauveteurs de la commune.

Alain Chardonnens et Bruno Gérard, respectivement prêtre et pasteur à Versoix, bénissent un bateau de la société des sauveteurs de la commune.

(Photo: Richard Etienne)

L’un porte la robe et l’autre la soutane. Tout deux se tiennent à la proue d’un bateau. L’un, Alain Chardonnens, est curé. L’autre, Bruno Gérard, pasteur. Ils se sont donné rendez-vous après la messe à Port-Choiseul, où ils ont embarqué à bord de Veroni c , une embarcation qui les a emmenés au large pour une cérémonie comme il n’y en a jamais eu à Genève: une bénédiction de bateaux.

Devant les hommes d’Église, les bateaux défilent. Ils reçoivent chacun leur tour une bénédiction qui vise à protéger les équipages en ce début de saison de navigation. Parmi les navires, celui des sauveteurs de Coppet, de Bellevue et de Genthod et bien sûr ceux de Versoix. Il y a des bateaux à rames, à moteur, des voiliers, dont celui de Philippe Durr, multiple champion du monde à voile. Même le Neptune, une vedette du Léman construite en 1904, rôde non loin. Quelques minutes plus tôt, le Notre Père a été récité.

Tradition catholique

Bénir des bateaux: la pratique est courante du côté d’Estavayer-le-Lac, où une «Noble confrérie des pêcheurs» organise une cérémonie en ce sens chaque été depuis des décennies. Le curé y célèbre une messe en souvenir des pêcheurs disparus et bénit les embarcations en attache ou de passage dans le port. Sur le lac de la Gruyère, navires et équipages peuvent aussi être bénis, au cours d’une cérémonie qui se déroule en général vers l’île d’Ogoz.

Dans les cantons latins, les motards, cyclistes et pilotes d’avion reçoivent souvent la bénédiction. Les troupeaux, à l’inalpe ou la désalpe, sont bénis. En terres catholiques, la pratique est si ancrée que lorsque, en 2006, le rectorat de l’Université de Fribourg a refusé de faire bénir un nouveau bâtiment de l’institution, une polémique s’est ensuivie. À Genève, bastion protestant, ces cérémonies sont plus rares.

Des animaux ont pu en bénéficier. Un abbé à Carouge, Claude Pauli, voulait bénir des cyclistes. Il en fit part au «Matin» en 2015. Mais son idée ne s’est jamais concrétisée. Aujourd’hui, il prêche en Valais.

Ambiance festive

C’est Alain Chardonnens, jadis curé à Estavayer-le-Lac, qui a proposé d’exporter les bénédictions de bateaux au bout du Léman. Le Club nautique de Versoix, qui y a vu un moyen d’attirer du monde dans le cadre de ses traditionnelles ventes aux puces nautiques, s’est aussitôt montré favorable.

Quand le curé et le pasteur sont retournés au port, la foule des grands jours était réunie. On y a bu du vin, vendu des vieux moteurs de bateaux, annoncé les résultats des élections au mégaphone. Un chœur de yodleuses est même venu chauffer la foule. Un succès qui devrait conduire le club à réinviter les hommes d’Église l’an prochain.

Tribune de Genève