2019-11-08 21:17

La cocaïne, un crime qui paie, hélas

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  • Sylvain Besson

  • Cellule enquête

Comme une mauvaise herbe impossible à éradiquer, la cocaïne est de retour. Plus forte que jamais. Les milliards dépensés par les États-Unis pour leur guerre antidrogue, les tonnes de glyphosate déversées sur les champs colombiens l’ont été en vain. La production explose et jamais le trafic de cocaïne vers l’Europe n’a été aussi efficace, comme le montre l’enquête que nous avons réalisée avec le consortium de journalistes d’investigation EIC. Les effets sont palpables jusqu’en Suisse, où la pureté de cette drogue atteint des sommets.


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Pourquoi s’inquiéter? Après tout, la cocaïne est là depuis des décennies, et elle n’a pas transformé la population en bataillons de zombies drogués. La proportion de Suisses qui en consomme reste faible. Mais ce n’est pas sur les individus que la poudre blanche déploie ses effets les plus corrosifs. Elle est avant tout un poison pour les sociétés. Au Brésil, au Mexique, en Colombie, les guerres entre narcotrafiquants tuent sans relâche. En Europe, les mafias de la cocaïne s’appuient sur un système de corruption qui a infiltré le commerce maritime et les plus grands ports du continent.

Fait inquiétant, nombre d’enquêteurs européens admettent qu’ils ne savent pas grand-chose de ces nouvelles filières, par exemple sur la façon dont elles blanchissent leur argent. Éclipsé par le terrorisme et la cybercriminalité, le trafic de drogue a été quelque peu négligé par les polices européennes. Y compris en Suisse, où il ne fait plus partie des priorités de politique criminelle de la Confédération depuis 2015.

L’assassinat récent d’un avocat néerlandais qui défendait un témoin de l’accusation dans une affaire de cocaïne doit servir de signal d’alarme. Nos sociétés sont vulnérables, non face à la drogue elle-même, mais face aux organisations criminelles surpuissantes que génère son trafic.

Tribune de Genève