2016-11-23 18:16

Depuis qu’il est végétalien, il rejoue au hockey sur glace sans douleur!

Enquête

Comment «survivre» quand on est végétalien ou végétarien avec des matches plein d’intensité qui s’enchaînent?

Le Luganais Steve Hirschi, ici face au défenseur grenat Romain Loeffel, a complètement changé ses habitudes alimentaires.

Le Luganais Steve Hirschi, ici face au défenseur grenat Romain Loeffel, a complètement changé ses habitudes alimentaires.

(Photo: Eric Lafargue)

  • Christian Maillard

Si quelqu’un lui avait dit, il y a dix ans, qu’il deviendrait végétalien, il ne l’aurait pas cru. «Je l’aurais alors traité de fou!» s’exclame Steve Hirschi. Comme la majorité des hockeyeurs en Suisse, le joueur du HC Lugano a toujours été un gros carnivore. Sa vie a changé le jour où il a rencontré un acupuncteur. Le défenseur des Bianconeri, 35 ans et 726 matches de LNA, souffrait, lors des allergies du printemps, d’asthme chronique. «Et cela s’aggravait», confie le Luganais, qui avait, en plus, le dos en compote et un genou (opéré huit fois) qui enflait après chaque entraînement et chaque match. «J’avais beaucoup de peine à marcher et, sur la glace, c’était devenu un calvaire, un vrai désastre. J’avoue que je n’ai pas été loin d’arrêter ma carrière…» Il a fallu le conseil d’un proche, d’un ami, pour arrêter les frais.

C’est en 2012 que le miracle a eu lieu, après que Hirschi en a eu ras le bol de se bourrer d’antibiotiques alors que sa situation ne s’améliorait pas. Il est devenu végétalien! «La première fois que l’acupuncteur m’en a parlé, qu’il m’a dit que je devrais renoncer à tous les produits à base animale, je lui ai dit que moi qui avais grandi avec le fromage et le pain, je ne pourrais jamais me passer de fondue et de raclette, que ce serait impossible.»

Varier les aliments

Essayer, c’est souvent adopter. Aujourd’hui, il ne le regrette pas. «Il m’a fallu du temps pour remplacer mes protéines animales et m’habituer à ce régime, avoue le Bernois de la Resega. Mais aujourd’hui, après trois ans et cinq mois, tout va bien.» L’ex-junior de Langnau ne connaît plus de problèmes respiratoires ni de douleurs aux genoux. «Depuis deux ans et demi, je ne prends plus de médicaments, terminé. Mon corps a réagi très positivement et mes habitudes alimentaires ont changé. Je ne pensais vraiment pas qu’une telle chose serait possible. Il ne faut pas sous-estimer l’importance de la nutrition. Je ne suis plus malade. J’ai même pu me remettre à la course à pied. Et en salle de fitness, je peux désormais ajouter des kilos dans les exercices de squat.»

Enlever la viande de son quotidien, de ses habitudes, n’a donc pas été un trop gros poids pour ce hockeyeur qui survit tout en enchaînant les matches, les gros efforts. «Je ne mange plus de viande, de lait ni d’œufs, mais juste un petit poisson tous les deux mois, avoue celui qui se considère végétalien à 90%. Je prends des lentilles, des haricots rouges, blancs et verts, de l’amarante et du quinoa, détaille l’ex-international (68 sélections). Il est important de varier les aliments de sorte à ajouter des acides aminés nécessaires à la création de protéines.»

Et pour s’assurer que son taux de fer est suffisant, l’ex-capitaine du HC Lugano s’astreint à deux prises de sang par an. «Jusqu’à présent, mes valeurs sont, en général, très bonnes. Après l’effort, je prends, en principe, des protéines de riz, de pois et de chanvre tout en y ajoutant des légumes et des fruits.»

«La seule solution»

Tout est devenu pour lui une question d’habitude et d’organisation, surtout avec l’équipe, dans le car ou à l’hôtel, lors des déplacements du HC Lugano. «Je passe chaque jour une bonne heure pour confectionner mes repas et lorsque nous ne jouons pas à la maison, j’emmène ma nourriture dans des boîtes, précise-t-il. C’est du travail supplémentaire, mais cela en vaut la chandelle. Sans cela, je le répète, je ne pourrais plus jouer au hockey aujourd’hui.» Ses coéquipiers ne font d’ailleurs plus attention à son petit ménage. «Je ne me sens pas exclu du groupe pour autant, assure-t-il. Et si l’on dort à l’hôtel, le personnel de ces établissements est bien organisé.»

Steve Hirschi, qui n’est pas devenu végétalien par conviction, est heureux de son nouveau mode de vie. «Pour moi, c’était la seule solution. Je n’ai pas vraiment eu le choix. Parfois, il est bon d’être courageux et de prendre une direction différente avec des surprises inattendues.»

Si on lui avait dit ça il y a dix ans…


Une carrière, c’est possible, mais…

«Dépêchez-vous, le dîner va faner!» disait Coluche dans un sketch en se moquant de la chanteuse Rika Zaraï, adepte de médecine naturelle. «Tant que le végétarien ou le végétalien garde un bon niveau de fer, qu’il a assez d’acides aminés, il n’y a pas de raison pour qu’il ne puisse pas jouer au hockey, explique Ella Ödman, nutritionniste de Ge/Servette. A lui de faire en sorte de manger suffisamment de protéines végétales, qu’on trouve avec le quinoa ou le tofu.» Il arrive à la nutrithérapeute diplômée de préparer aux joueurs des taboulés, mais aussi du sarrasin, de la purée de lentilles, des pois chiches, des haricots noirs ou des salades de quinoa, histoire qu’ils se nourrissent correctement. Mais ils n’en raffolent pas vraiment… Si, dans les faits, il n’est pas incompatible d’être un grand sportif et végétalien, les professionnels de santé ne le conseillent pas. Le risque majeur est que l’athlète souffre de carences en vitamine B12 et en acides gras oméga 3, aussi appelés EPA et DHA.

«L’an dernier, un coéquipier avait arrêté de manger de la viande rouge, explique Léo Chuard, le portier des juniors Elite de Ge/Servette. Il a perdu 6 kg, mais derrière il est tombé malade. Du coup, il a cessé son régime!» Matt Lombardi (quand il évoluait en NHL) et Marcel Jenni (ex-Kloten) avaient aussi tenté l’expérience végétalienne, mais ils ont vite manqué d’énergie et n’ont pas insisté non plus.

Dans le milieu du hockey, à l’exception de Hirschi, on ne trouve pas d’autre exemple de joueurs ayant modifié leurs habitudes de consommation. «Si quelqu’un de bien organisé et qui connaît bien son organisme se nourrit de façon équilibrée avec des protéines d’origine végétale, pourquoi pas, mais question de culture, le steak est encore assez prisé par les joueurs, pour la plupart tous carnivores», ajoute un médecin du club.

C’est notamment le cas d’Arnaud Jacquemet. «Si cela peut aider à certains d’éviter des inflammations, pourquoi pas, remarque le No 17 des Aigles. Mais même si j’essaie, par rapport aux animaux maltraités, de ne pas manger de la viande tous les jours, j’aime bien un bon morceau de bidoche de temps en temps. Et moi en plus, en tant que Valaisan, je ne pourrais pas me passer de produits laitiers et de fromage.» C’est d’ailleurs ce qui manque le plus à Hirschi! C.MA.

Tribune de Genève