2015-07-20 06:00

L’Autriche confie 500 de ses requérants à la Slovaquie

Asile

L’accord sera signé mardi. Le premier pas en Europe vers un marché de sous-traitance de la gestion de l’asile, sur le modèle australien?

Le camp de Traiskirchen, au sud de Vienne, est le plus grand centre de demandeurs d’asile d’Autriche. Il est le symbole de l’insuffisance de l’accueil des réfugiés.

Le camp de Traiskirchen, au sud de Vienne, est le plus grand centre de demandeurs d’asile d’Autriche. Il est le symbole de l’insuffisance de l’accueil des réfugiés.

(Photo: APA/HELMUT FOHRINGER)

  • Céline Béal

  • Vienne

Dans le camp de Traiskirchen, au sud de Vienne, les résidents ont l’habitude de camper dehors. Le lieu, totalement débordé, est le plus grand centre de demandeurs d’asile d’Autriche. Son nom est même entré dans le vocabulaire autrichien comme un terme générique qualifiant les insuffisances de l’accueil des réfugiés.

Mardi, l’Autriche signe avec la Slovaquie un accord prévoyant le transfert de 500 résidents de ce camp vers la ville de Gabcíkovo, une heure et demie de route et une frontière plus loin. Alors que les ministres de l’Intérieur de l’Union européenne peinent à s’accorder sur une politique d’accueil unifiée – on en discutera encore ce lundi –, Vienne prend les devants avec un accord bilatéral.

L’accord prévoit que la Slovaquie se charge uniquement de l’hébergement des requérants – dans un ancien campus –, les démarches de demande d’asile se poursuivant côté autrichien. Fière de l’innovation, la ministre de l’Intérieur autrichienne, Johanna Mikl-Leitner, s’est félicitée: «Somme toute, ce sera moins cher pour l’Autriche.»

Pratique inquiétante?

S’agit-il d’un nouveau cas de délocalisation abusive de population dans le besoin? En septembre, l’Australie s’était attiré la critique du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations Unies en signant avec le Cambodge un accord de transfert de demandeurs d’asile. «C’est très différent», explique Ruth Schöffl, porte-parole de l’UNHCR à Vienne, «parce que l’Autriche conservera la responsabilité de ces 500 réfugiés». Reste que l’UNHCR compte sur l’Autriche pour veiller à ce que le centre de Gabcíkovo respecte des standards élevés. Elle devra aussi régler les complications juridiques de l’arrangement, comme le suivi des démarches d’asile de l’autre côté de la frontière.

Sur ce point, les associations autrichiennes sont plus pessimistes que le Haut-Commissariat. «Jusqu’ici, le gouvernement n’a pas montré de grande capacité d’organisation, ça ne risque pas de s’améliorer», craint ainsi Herbert Langthaler de l’organisation Asylkoordination, qui chapeaute plusieurs associations d’aide aux réfugiés du pays.

L’Asylkoordination accuse le gouvernement de pratiquer un «dumping de l’hébergement». Mêmes inquiétudes à la Maison de l’intégration à Vienne, où le juriste Michael Weiss s’inquiète des évolutions possibles, si rien n’est fait au niveau européen: «On peut ensuite imaginer des accords pour envoyer les réfugiés vers la Bulgarie ou la Roumanie, où ce serait encore moins cher, mais dans quelles conditions?»

Argument contre les quotas

L’accord ne prévoit aucune contrepartie financière pour la Slovaquie. Son ministre de l’Intérieur, Robert Kalinák, déclare que les Slovaques font simplement preuve de reconnaissance envers un voisin qui leur a permis, il y a dix ans, d’être admis dans l’espace Schengen. En réalité, Bratislava y gagne surtout une apparence de solidarité, bien pratique pour continuer de refuser les quotas de la Commission européenne. Le pays est parmi ceux qui enregistrent actuellement le moins de demandes d’asile dans l’UE – 0,06 pour mille habitants l’année dernière, contre 3,3 en Autriche. Avec 500 déplacés, on reste loin du compte.

Tribune de Genève