2016-11-17 07:28

Un banquier privé reprend le Lyrique de la place Neuve

Restaurant

En poste depuis 31 ans, le patron laisse son affaire à un client, amoureux des lieux. Dans cette institution, pas de révolution en vue.

Roland de Siebenthal, son épouse Suzette, le nouveau patron, Nicolas Gonet, et (presque) toute l’équipe du Lyrique.

Roland de Siebenthal, son épouse Suzette, le nouveau patron, Nicolas Gonet, et (presque) toute l’équipe du Lyrique.

(Photo: STEEVE IUNCKER-GOMEZ)

Le Lyrique change de propriétaire. Aux commandes depuis trente et un ans, Roland de Siebenthal a remis le fameux restaurant de la place Neuve. Et pas à n’importe qui. C’est un banquier qui reprend l’affaire: Nicolas Gonet, directeur général de la banque du même nom.

Ce changement a de quoi alerter les nombreux amateurs du café. Car le Lyrique est une institution qui traverse les âges sans broncher. C’est l’un des derniers établissements genevois qui a conservé son décor de vieille brasserie; les employés y sont d’une fidélité remarquable, tout comme de nombreux clients. Bref, le Lyrique est resté dans son jus.

Alors, un banquier? «J’y viens depuis mon enfance, raconte Nicolas Gonet. Je travaille à côté et n’habite pas bien loin. Tenir cet établissement a toujours représenté un rêve.» Quand on aime, on ne change pas. «La brasserie est mythique, les Genevois y sont habitués, je ne vais pas y faire la révolution», assure-t-il. Il va rafraîchir la déco et le mobilier, surtout la salle arrière, rococo trop défraîchi. «Mais je veux conserver l’esprit des lieux.» Une envie, tout de même? «Celle d’y faire entrer un peu de musique. Et pourquoi pas ouvrir l’établissement le samedi et le dimanche. C’est tellement mort Genève le week-end.»

Cette succession dans la continuité, c’est ce que recherchait Roland de Siebenthal. «J’ai eu beaucoup de propositions ces dernières années. Tellement que j’avais fixé un prix très élevé pour qu’on me fiche la paix.» Cela n’a pas empêché de grands groupes internationaux de se mettre sur les rangs. «Mais ils ne voulaient pas garder le personnel. J’ai dit non.»

Personnel fidèle

Car ici, on ne badine pas avec le personnel. «La plupart de mes employés ont plus de vingt ans de maison. Même mes apprentis veulent rester. Mais je leur dis de profiter de leur jeunesse pour aller voir ailleurs.» Faut-il en déduire qu’on se plaît dans ces murs? L’ex-patron ne s’étend pas. «Je suis peut-être exigeant, mais il y a toujours eu une bonne entente ici.»

Il nous glisse par la bande qu’il a donné des parts de sa société exploitante du Lyrique à son ancien directeur et à son chef de cuisine. Avec les siennes, toutes ces parts ont été rachetées par le nouveau patron, qui devient ainsi le nouveau locataire des murs.

Décor classé

Des murs qui ne devraient pas beaucoup bouger. Mis à part les rafraîchissements, les possibilités sont maigres. «Le restaurant est classé, relève Roland de Siebenthal. Quoi qu’on fasse, tout est très contrôlé.» Il n’en a pas toujours été ainsi. «Quand j’ai repris il y a trente ans, les décors des plafonds étaient recouverts par ces plaques percées de petits trous typiques des années 70.»

Roland de Siebenthal va hanter les murs jusqu’à la fin de l’année. Après, à bientôt 73 ans, il pourra se consacrer à sa deuxième passion («après celle de ma famille»): la photographie animalière. «J’ai déjà été 49 fois au Kenya.» Pour sa photo dans le journal, il était d’accord. Avant de nous rappeler. «J’aimerais aussi que mes employés y soient.» Dans la foulée, on a fait venir le nouveau patron. «A condition que l’ancien y soit aussi», a-t-il répondu. On se fait des politesses, au Lyrique. C’est sympathique.

Tribune de Genève