2019-08-05 20:14

La crainte d’une récession freine le géant allemand

Conjoncture

Les incertitudes liées au Brexit, la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine ont déjà un impact sur l’industrie.

«C’est le dernier pilier de la conjoncture allemande qui est menacé», affirme Klaus Deutsch avec inquiétude.

«C’est le dernier pilier de la conjoncture allemande qui est menacé», affirme Klaus Deutsch avec inquiétude.

(Photo: HENDRIK SCHMIDT/DR)

  • Christophe Bourdoiseau

C’est la fin du «second miracle économique allemand». Après plus de dix ans de forte croissance, la première économie d’Europe se prépare à traverser une période de fortes turbulences. «Le boom économique est terminé», ont prévenu au printemps les «cinq sages» du conseil des experts du gouvernement (Sachverständigenrat). Ils ont déjà revu à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2019 à 0,8% alors qu’ils tablaient sur +1,5% en novembre 2018. Les craintes se confirment. «Chaque jour, on annonce de nouveaux avertissements sur résultat. L’Allemagne se dirige vers une récession», estime Ferdinand Dudenhöffer, expert du secteur automobile à l’Université de Duisburg-Essen.

Le poids des exportations

Aucun pays au monde n’est aussi dépendant de ses exportations. «Le souci actuel des Allemands, c’est la conjoncture mondiale», rappelle Simon Junker, expert de l’Institut de conjoncture et d’études économiques de Berlin (DIW). Les incertitudes autour du Brexit, les menaces de guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine ainsi que celles de taxes sur les produits européens proférées par Donald Trump freinent le rythme de la croissance. Les marchés américain, chinois et britannique représentaient à eux seuls 22% de l’ensemble des exportations allemandes en 2018. Volkswagen vend 40% de ses voitures en Chine! «Les investisseurs hésitent donc à prendre des décisions avec de telles incertitudes», explique l’expert.

D’autant plus que le dernier rempart à la récession risque de sauter. Le pessimisme ambiant déteint sur les ménages, dont la consommation a baissé en juillet pour le troisième mois consécutif, selon les statistiques de l’Institut de recherches sur la consommation de Nuremberg (GfK). Or la consommation représente 53% du produit intérieur brut (PIB) de l’Allemagne. «C’est le dernier pilier de la conjoncture allemande qui est menacé», s’inquiète Klaus Deutsch, le chef économiste de la Fédération des industriels allemands (BDI).

«Bien qu’ils s’attendent à des hausses des revenus, les consommateurs sont prudents. Ils ajustent leurs dépenses en raison de toutes ces incertitudes et ils économisent plus», confirme Peter Kenning, professeur à l’Université de Düsseldorf et président du conseil des experts du gouvernement pour les questions de consommation.

Une économie robuste

La peur d’une récession se fait sentir aussi sur le marché de l’emploi. Le taux de chômage s’est stabilisé autour des 5%. Le principal indicateur de l’Agence fédérale pour l’emploi (BA) est au plus bas depuis deux ans. «La demande des entreprises commence à se tasser», résume l’agence.

Malgré les annonces de grands plans de licenciements (Deutsche Bank, BASF), les Allemands ne s’attendent pas à un retour du chômage de masse. «Il n’y a aucune raison de paniquer. Nous nous faisons du souci à un haut niveau», insiste l’expert de l’institut DIW, qui ne croit pas encore à une récession.

La situation n’est pas du tout la même qu’il y a vingt ans, lorsque l’Allemagne était la lanterne rouge de l’Europe. «Les entreprises sont compétitives et elles ne sont pas endettées comme à l’époque. Elles peuvent investir. L’économie allemande va très bien, ce qui n’était pas le cas dans les années 2000. Nous avons toujours une grande pénurie de main-d’œuvre», rappelle Simon Junker. La dette de l’État diminue, les déficits se réduisent, les recettes fiscales sont excellentes, l’excédent de la balance commerciale est gigantesque et les caisses sociales sont pleines.

L’économie allemande est robuste. «Elle sera capable de surmonter une crise, comme elle l’a démontré en 2008», confirme Ferdinand Dudenhöffer. Si les conflits commerciaux se résolvaient dans le monde et que le Brexit trouvait enfin une issue, elle pourrait même redécoller de plus belle. Un «happy end» qui serait bénéfique pour toute l’Europe.

Tribune de Genève