2016-02-09 10:07

Un élève par classe est harcelé: le DIP lance la contre-offensive

Prévention

Le cyberharcèlement est souvent la pointe de l’iceberg, explique May Piaget, coordinatrice du groupe vie et climat scolaire.

Illustration tirée des «Petites histoires d'Internet» publiées en novembre 2015 par l'Office fédéral de la communication «pour naviguer en toute sécurité». (www.thewebsters.ch)

Illustration tirée des «Petites histoires d'Internet» publiées en novembre 2015 par l'Office fédéral de la communication «pour naviguer en toute sécurité». (www.thewebsters.ch)

Les résultats scolaires de Sarah ont chuté. Elle est irritable, arrive en retard le matin, s’isole à la récréation, se plaint d’avoir mal au ventre, à la tête, à la cheville. Elle se confie finalement à l’infirmière scolaire: elle subit des moqueries répétées et une rumeur la concernant circule sur Facebook. Elle est victime de (cyber)harcèlement. Le cas de Sarah n’est pas fictif. Anonymisé, il a servi lundi matin de base de travail à une trentaine d’enseignants de l’école primaire En-Sauvy, au Grand-Lancy.

Ces maîtres participaient à la nouvelle formation du Département de l’instruction publique (DIP) qui vise à optimiser la détection et la prise en charge des cas de (cyber)harcèlement. Soutenu financièrement par la Confédération et l’association Action Innocence, ce plan d’action a été présenté lundi par la cheffe du DIP, Anne Emery-Torracinta.

Répandue mais invisible

Près de 6% des élèves du secondaire genevois (soit un élève par classe en moyenne) déclarent avoir été victimes de harcèlement ou de cyberharcèlement. C’est le résultat d’une étude menée en 2012 par le DIP. Par harcèlement, on entend des violences physiques ou psychologiques perpétrées une à deux fois par semaine au moins. Le cyberharcèlement, lui, se traduit par ces mêmes actes mais par le biais des technologies numériques (réseaux sociaux, SMS, etc.).

«Nous parlons conjointement de cyberharcèlement et de harcèlement, car le premier est souvent la pointe de l’iceberg, explique May Piaget, coordinatrice du groupe vie et climat scolaire au DIP. Il n’y a pratiquement jamais de cybermobbing sans harcèlement au préalable.» C’est la forme de violence scolaire la plus répandue. Mais la moins visible aussi.

«Aiguiser votre regard»

Alors pour «rendre visible l’invisible» et «refuser que la loi du plus fort puisse régner», dixit la magistrate, le DIP a lancé un projet pilote qui dote les professionnels d’une «boîte à outils». Premier outil: une formation destinée au personnel des écoles et dispensée par le Service de santé de l’enfance et de la jeunesse (SSEJ). Le premier module établit un diagnostic des besoins de l’établissement et renseigne les professionnels sur la notion de (cyber)harcèlement. Le deuxième module propose des études de cas réels, pour apprendre à repérer les signes de violence et étudier les pistes de prise en charge.

«Il faut agir de manière concertée, en réseau, explique une formatrice du SSEJ, à la trentaine d’enseignants. Les conséquences du harcèlement sont souvent invisibles, ce sont des signes qui, examinés séparément – absentéisme, troubles du comportement alimentaire, agressivité par exemple – ne suffisent pas à révéler un cas de violence. Cette formation vise à aiguiser votre regard, afin que vous puissiez identifier des signes et croiser ensuite vos impressions avec celles de vos collègues pour détecter un cas.»

Protocole et référents

Mieux détecter, d’accord. Mais ensuite? Les maîtres d’En-Sauvy s’interrogent. «On est bien armé dans le domaine de la prévention mais ce qui manque, c’est de savoir quoi faire quand on a des soupçons! soulève une maîtresse. Faut-il discuter avec l’infirmière, avec les parents?» Le DIP sort deux nouveaux outils de sa boîte: un protocole type de traitement des situations de harcèlement, ainsi que des «cellules d’intervention». Composés de maîtres référents, ces groupes constitués dans les écoles doivent permettre une prise en charge rapide des cas.

Le directeur d’un autre établissement, Confignon-Cressy, a été confronté à un cas de harcèlement il y a quelques années. «Nous n’étions pas suffisamment formés pour faire face à ce genre de situation», confie Pascal Durouvenoz Gans de St. Pré. S’il avait été en possession de la «boîte à outils» à ce moment-là, aurait-il traité le cas différemment? «Non, nous avions suivi une ligne qui se rapproche de celle formalisée aujourd’hui par le protocole. Mais nous aurions probablement détecté le problème plus tôt.»

Neuf établissements ont déjà expérimenté les modules de formation, une trentaine le fera l’an prochain. Les élèves ne sont pas en reste: ils sont aussi sensibilisés au harcèlement, en cours et par le biais d’ateliers, notamment dispensés par Action Innocence.

Le DIP a également ouvert une nouvelle page Web,www.ge.ch/harcelement-ecole sur laquelle se trouvent des informations pour les élèves, parents et professionnels.

Tribune de Genève