2019-05-22 16:17

Enfant prodige de la politique autrichienne, Sebastian Kurz vacille

Crise

La carrière du jeune chancelier pourrait s’achever lundi par une motion de censure.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz est au pouvoir depuis un an et demi.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz est au pouvoir depuis un an et demi.

(Photo: Keystone)

  • Christophe Bourdoiseau

  • Berlin

Âgé de seulement 32 ans, il était «l’enfant prodige» de la classe politique autrichienne. Mais sa carrière pourrait s’achever lundi au parlement, où une motion de censure a été déposée contre lui. Il serait alors le chancelier le plus jeune mais aussi le plus éphémère de l’histoire autrichienne.

«C’est lui qui a décidé de s’allier avec l’extrême droite en 2017 pour former un gouvernement avec une politique répressive et antimigrants. Il aurait pu faire un autre choix. Il existait d’autres alliances possibles. Il est donc personnellement responsable de la situation actuelle», estime Thomas Schmidinger, politologue à l’Université de Vienne. L’explosion de la coalition entre les conservateurs (ÖVP) et l’extrême droite (FPÖ) a été provoquée par la publication, vendredi dernier, d’une vidéo révélant les intentions du vice-chancelier, Heinz-Christian Strache (FPÖ), de mettre la presse autrichienne au pas et de financer ses campagnes avec des fonds russes occultes.

Des révélations qui se retournent désormais contre Sebastian Kurz après le départ, lundi, de tous les ministres d’extrême droite du gouvernement (sauf Karin Kneissl aux Affaires étrangères) mais aussi à la suite d’une motion de censure déposée contre lui au parlement.

Si les députés lui refusaient la confiance, ce serait la fin de sa carrière politique. «Tout dépendra du comportement du Parti social-démocrate (SPÖ), qui pourrait soit le faire couler, soit le sauver en acceptant une grande coalition après les élections anticipées. Actuellement, rien n’est impossible», constate Thomas Schmidinger.

Les anciens alliés du FPÖ, en revanche, sont déterminés à faire chuter le chancelier en soutenant une motion déposée par un parti écologiste d’opposition. «Il serait naïf de croire que nous allons apporter notre confiance à quelqu’un qui ne nous fait pas confiance», a lâché Herbert Kickl, son ancien ministre de l’Intérieur et idéologue du FPÖ.

L’extrême droite autrichienne est déjà en campagne après son départ du gouvernement. Son objectif est de porter préjudice à Sebastian Kurz pour qu’il ne se présente pas devant les électeurs comme un chancelier mais comme un perdant. «La stratégie du FPÖ est de retourner la situation en accusant Kurz d’avoir mis fin à l’alliance gouvernementale et, donc, d’être responsable de la crise», analyse Peter Filzmaier, politologue à l’Université du Danube, à Krems.

Populiste d’extrême droite

Si Sebastian Kurz était renversé par le parlement, ses chances de survie politique seraient très amoindries. La recherche de nouveaux alliés pour la formation d’un gouvernement après les élections anticipées en septembre deviendrait très compliquée. «Kurz est un populiste d’extrême droite qui dirige un parti conservateur. Pour l’instant, il est immunisé par sa popularité et son profil de jeune conquérant. Mais un mauvais résultat aux élections raviverait les critiques au sein de l’ÖVP parmi tous ceux qui ne partagent pas sa ligne populiste. Ce pourrait être la fin pour lui», explique Thomas Schmidinger.

Quant au FPÖ, il devrait se remettre de ce nouveau scandale. «Le parti a une base solide qui ne lui tiendra pas rigueur de ses dérapages. Il peut compter quoi qu’il arrive sur 15 à 20% des voix aux élections. Ce parti est devenu incontournable. Tout le monde s’allie avec le FPÖ en Autriche. Nous avons un problème de culture politique dans notre pays, où il est impossible de former un cordon sanitaire autour de l’extrême droite comme en Allemagne ou en France. Même les sociaux-démocrates du SPÖ ont formé des coalitions avec elle», conclut le politologue.

Tribune de Genève