2015-04-01 09:00

La caméra de Fred Baillif s'affranchit du réel

Portrait

La première fiction du cinéaste Genevois sortira sur les écrans romands le mois prochain.

Le cinéaste Genevois Fred Baillif a filmé l'épopée d'une bande de jeunes Lausannois qui rêvent de tourner un film.

Le cinéaste Genevois Fred Baillif a filmé l'épopée d'une bande de jeunes Lausannois qui rêvent de tourner un film.

(Photo: Olivier Vogelsang)

  • Gustavo Kuhn

Une aventure humaine extraordinaire! Voilà comment le Genevois Fred Baillif décrit son long-métrage Tapis rouge, qui sortira sur les écrans romands le mois prochain. Pour sa première fiction, ce réalisateur autodidacte, déjà connu pour ses documentaires, s’est inspiré d’une histoire bien réelle: celle d’un groupe de jeunes Lausannois qui rêvaient de tourner un film.

Approché pour encadrer ces aspirants cinéastes, Fred Baillif a pris leur initiative comme point de départ d’un scénario, qu’il a écrit avec Kantarama Gahigiri et le comédien Frédéric Landenberg. Au fil d’ateliers d’improvisation, il a transformé la bande du quartier de Praz-Séchaud en acteurs, qui incarnent les personnages principaux de l’histoire inspirée de leur propre ambition. Le récit prend, lui, la forme d’un road movie, d’une fantastique épopée qui conduira ces jeunes jusqu’à Cannes et son célèbre festival.

«Pour moi, réaliser un film de fiction a tenu de la révélation, explique Fred Baillif. Je rêvais depuis longtemps de faire le pas, sans vraiment oser. Quand on tourne des documentaires, comme je le fais depuis plus de dix ans, la réalité limite, par définition, la créativité. Là, tout est permis, il n’y a aucune barrière. C’est juste génial.»

Le scénario de Tapis rouge s’appuie tout de même sur beaucoup de vécu. Celui des jeunes Lausannois, bien sûr, mais aussi sur celui du réalisateur. Avant de se consacrer au cinéma, ce Bernésien, DJ à ses heures sous le pseudo de D Cage, travaillait en effet comme éducateur hors murs. Un métier que l’on retrouve dans son film, au travers du personnage incarné par Frédéric Landenberg, qui accompagne les jeunes dans leur aventure. «Certaines répliques sont sorties de ma mémoire, pas de mon imagination, s’amuse le cinéaste. A un moment, par exemple, une stagiaire lance au travailleur social qu’il est payé pour se balader. Ça, je l’ai moi-même entendu à l’époque.»

Budget dérisoire

Tapis rouge a été tourné avec un budget dérisoire, alimenté par une petite enveloppe de la part de la Ville de Lausanne, par des fonds levés grâce à une plate-forme de financement participatif sur Internet et surtout par de l’argent que Fred Baillif a sorti de sa poche, après l’avoir mis de côté pendant qu’il travaillait pour la RTS – la série Un canapé pour deux, qu’il a notamment réalisée, a été diffusée en prime time à la fin de février et au début de mars 2015. «En plus de diriger Tapis rouge, je l’ai aussi produit, avec l’aide de Kantarama Gahigiri, et je le distribue. C’est un boulot énorme. Mais je suis heureux de ne devoir de comptes à personne, de faire ce que je veux.»

Approche sociale essentielle

Avant sa sortie en salle, le film peut déjà se vanter du Prix TV5 Monde de la meilleure fiction francophone du dernier Festival Tous Ecrans, de premières critiques élogieuses et d’une excellente réception lors de ses présentations en festival. «Les gens adorent, assure le cinéaste. Chaque fois que nous montrons le film, c’est un succès. Le public se marre. Ou que ça soit. Nous l’avons projeté en Suisse alémanique et ils étaient morts de rire. Pareil au Rwanda. Ils vivent pourtant une réalité très différente là-bas, mais ça a pris. Et ce qui a été génial à Kigali, c’est que l’on a monté des ateliers. J’adore ça. C’est vraiment ce que j’aime. Je pense d’ailleurs continuer à travailler avec des non-professionnels, au travers de workshops, pour mes prochaines fictions.»

L’approche sociale reste en effet essentiel pour le cinéaste. On la retrouve dans les sujets abordés dans ses films et dans leur processus d’élaboration, mais aussi dans d’autres aspects de sa vie. Il entraîne notamment des juniors au basket à Bernex, dans le club de ses débuts. Ce sport, intimement relié à la famille Baillif, a été sa première grande passion. Il l’a d’ailleurs pratiqué à haut niveau, revêtant même le maillot de l’équipe nationale.

Tribune de Genève