2015-04-29 09:31

Les appels au 147 ont généré huit fois plus d'interventions en 2014 qu'il y a sept ans

Lausanne

Le service Conseils et aide de Pro Juventute a épaulé près de 150 000 enfants et jeunes en 2014. Sortis ce mercredi, les chiffres indiquent une hausse des problèmes personnels graves. Reportage.

  • Laureline Duvillard

Vers 10 h 20, le téléphone retentit dans les trois bureaux des psychologues de l'association Telme à Lausanne. Puis la petite lumière rouge s'éteint immédiatement. Une fausse alerte ou une blague. «Les appels gags sont très courants, surtout à l'heure de la récréation, à la sortie de l'école ou le mercredi après-midi, relève Nathalie Glatz, qui assure la permanence de la ligne 147 de Pro Juventute ce matin-là. Il s'agit d'appels muets, de jeunes qui nous insultent ou nous baladent avec des histoires caricaturales.» Et comme il existe de bons acteurs, il n'est pas toujours évident de démêler le vrai du faux, même si tous les répondants ont accès à un historique des appels. «On fait un métier où on ne doit pas se tromper et c'est plus dur de déceler le mensonge au téléphone, il faut se fier à des détails, comme le ton de la voix. Mais on développe vite d'autres sens», remarque Mélanie Vicente, étudiante en psychologie et stagiaire à Telme.

Dès 11 h 30 les appels «récréatifs», pour faire rire les potes, s'enchaînent. Nathalie Glatz garde le sourire. Elle a l'habitude. En 2014, sur plus de 12 600 appels reçus par les 30 professionnels de Telme – mandatée pour répondre au 147 en Suisse romande – 3050 concernaient des demandes d'aide ou de soutien réelles. «Mais c'est à ces dernières que nous consacrons 80% de notre temps», précise Serge Pochon, directeur de l'association Telme et psychologue répondant. Et pour ces milliers d'enfants, d'adolescents ou de jeunes adultes, le 147 peut se révéler une vraie bouée de sauvetage.

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Augmentation des problèmes personnels

«Récemment, j'ai pris l'appel d'un jeune de 15 ans qui a déclaré avoir avalé 20 grammes de paracétamol (ndlr: 40 comprimés), car il avait peur de se rendre à l'école, notamment en raison de l'image qu'il renvoyait. En conflit avec ses parents, il ne voulait pas qu'ils soient informés», raconte Serge Pochon. Face à cette situation d'urgence, le psychologue réussit à se faire confier la localisation du jeune puis l'encourage à se rendre à l’hôpital le plus proche. «Il ne m'a pas rappelé, j'ai dû contacter la police. Il s'était bien rendu à l'hôpital. Que se serait-il passé si je n'avais pas décroché? Je l'ignore, mais un appel comme celui-ci justifie toute une matinée de permanence.»

En 2014, dans toute la Suisse, les répondants de Pro Juventute ont reçu chaque jour «au moins deux appels de jeunes avec des intentions suicidaires», souligne le rapport d'activité de la fondation. Idées noires, peur, automutilation, les questions touchant à des problèmes personnels occupent la deuxième position des thèmes abordés au 147, derrière les préoccupations liées au sexe et devant les problèmes familiaux. Et ils ont nettement augmenté l'année dernière. Les demandes en rapport aux maladies psychiques ont connu une hausse de 24% et celles liées à une humeur dépressive de 11,8%. «J'ai l'impression qu'il y a toujours plus de questions liées au mal-être, à la confiance en soi, à la difficulté de trouver sa place dans la société», souligne Patricia Veth, psychologue répondante depuis onze ans.

Conflits familiaux et cybermobbing

Très dépendants du regard des autres, les jeunes n'osent pas toujours se différencier, faire leurs propres choix, par peur de rompre le lien avec leur entourage. Ce jour-là, dans les courriels adressés au 147, le cas d'une jeune femme entretenant une relation avec un homme de seize ans plus âgé. «Elle est désemparée, car elle est déchirée entre son amour pour cet individu et celui pour sa mère, avec laquelle elle est désormais en conflit», note Patricia Veth.

Avec les situations familiales complexes, les problèmes en rapport avec Internet reviennent aussi régulièrement. «C'est rare dans une dynamique de consultation que n'apparaisse pas à un moment donné un problème lié aux smartphones, à l'usage des jeux vidéos, à Internet. Il s'agit souvent de conflits sur les réseaux sociaux qui font boule de neige, de photos transmises à d'autres ou publiées sur Internet», relève Serge Pochon.

Dans son rapport, Pro Juventute a compté l'année dernière près de cinq cas de cybermobbing par semaine. «En général, ça commence par du vrai harcèlement à l'école et ça se poursuit sur les réseaux sociaux. On voit que le 147 est le reflet des problématiques de notre société», souligne Nathalie Glatz. Il est midi, la psychologue a terminé sa permanence. Bilan de la matinée: deux petites demandes de conseils pratiques, quelques blagues, pas de cas lourds. Mais la journée ne fait que commencer, puisque d'autres professionnels, travaillant à domicile, se relaieront jusqu'au petit matin, le 147 fonctionnant 24 heures sur 24.

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Tribune de Genève