2015-05-08 07:00

Pour avoir une carte à jouer, il lui faudrait rouler sur l’or

Karting

Champion du monde amateurs en 2012, Nicolas Rohrbasser a de l’ambition. Revers de la médaille: sa passion a un prix.

Nicolas Rohrbasser sur le circuit de Pavia, en Italie, lors d’une course du… championnat de Suisse.?

Nicolas Rohrbasser sur le circuit de Pavia, en Italie, lors d’une course du… championnat de Suisse.?

(Photo: DR)

Il s’appelle Nicolas Rohrbasser et c’est un fou du volant. A bientôt 24 ans – il est né le 22 mai 1991 – le Genevois est un pilote de kart confirmé dans son milieu. Passionné de sport automobile, l’étudiant en communication digitale à Uni Mail a notamment été sacré champion de Suisse et du monde chez les amateurs en 2012. La vitesse, il l’a dans la peau.

C’est ainsi qu’après son titre mondial, douze mois plus tard, il décide de se lancer à pleine vitesse dans la catégorie reine du karting chez les pros, la KZ2. Au volant de son bolide pouvant atteindre les 180 km/h, Nicolas Rohrbasser se classe alors 22e en finale du championnat du monde, devant une septantaine d’autres pilotes. Seul Suisse engagé, le jeune homme est malheureusement contraint de freiner son élan, la faute à des finances insuffisantes.

L’argent étant le nerf de la guerre dans le karting mondial, le budget du Genevois l’oblige en effet à revoir ses ambitions à la baisse. «Il est difficile de progresser face aux immenses usines de compétition (ndlr: allemandes et italiennes) qui trustent les premières places dans tous les championnats internationaux, glisse Nicolas Rohrbasser. Le karting est onéreux, même à l’échelon national, c’est pourquoi j’ai ouvert une école de pilotage, la Rohrbasser Driving School, pour me permettre de récolter des fonds. Mais cela ne suffit pas.»

Pour l’heure, le résident du Grand-Saconnex coache et conseille une dizaine d’élèves régulièrement. «Cette activité me permet d’empocher environ 10 000 francs par an.» Bien trop peu en comparaison des 50 000 francs que le pilote doit récolter chaque saison pour assouvir sa passion. Et cela rien que pour disputer le championnat de Suisse. Une compétition qui comprend six meetings, entre les mois d’avril et d’octobre. Un seul se déroule sur le territoire helvétique, à Wohlen, les autres prenant place en Italie, en Allemagne ou encore en France. La faute aux 96 décibels que dégagent les kartings des pilotes, interdits de piste les dimanches en Suisse. Comprenez, il faut respecter le sommeil et les oreilles du voisinage. Autant le dire, le silence est… dort.

«Pour tous ces frais de déplacement, mon oncle, mes parents et quelques connaissances m’aident à boucler mon budget. Sans eux, je ne pourrais pas piloter, soupire Nicolas. Je rêve de pouvoir me rendre aux Mondiaux chaque année mais rien que pour y participer, il faut débourser environ 12 000 francs. Puis, rien que pour pouvoir rivaliser avec les équipes professionnelles tout au long de la saison, il me faudrait un montant d’environ 200 000 francs!»

Le cri du cœur est lancé. Désireux de progresser et de se frotter aux grosses écuries, le jeune homme espère ainsi attirer quelques sponsors pour l’aider dans sa démarche. «C’est vrai qu’en Suisse, le karting est un sport de niche et notre niveau de visibilité est quasi nul. N’importe quelle aide, la plus minime qui soit, est toujours la bienvenue.»

Puis, afin de pratiquer son sport favori du mieux qu’il le peut et à un niveau qui se rapproche du professionnel, le Genevois a rejoint depuis trois ans l’équipe romande GSK, basée à Echandens. Ainsi, au sein de son team, qui a vu passer dans ses rangs Sébastien Buemi ou encore Simona De Silvestro, le pilote est aidé par une équipe de mécaniciens et d’ingénieurs rémunérés par Giovanni Sava, fondateur et mécène de l’écurie. Nicolas Rohrbasser a aussi accès à un large panel de matériel de qualité: «Le choix des moteurs et des châssis, entre autres, nous permet de viser la victoire lors de chaque course.»

Reste que le jeune homme veut rouler plus, plus loin et aspirer à de plus grands rendez-vous. «Avec les championnats d’Europe en ligne de mire ou encore les World Series of Karting.» Mais pour cela, Nicolas a besoin d’argent. Encore et toujours.

Tribune de Genève