2014-01-14 08:58

«Nous devons réapprendre à user nos voitures et les faire durer le plus longtemps»

Marché automobile

Alors que le nombre de véhicules neufs vendus en Suisse est en baisse, Lucien Willemin plaide pour un retour des modèles d’occasion.

Neuchâtel a décidé d’inclure la notion d'énergie grise dans le calcul de la nouvelle taxe en accordant un rabais lié à l’âge du véhicule. Une première en Suisse.

Neuchâtel a décidé d’inclure la notion d'énergie grise dans le calcul de la nouvelle taxe en accordant un rabais lié à l’âge du véhicule. Une première en Suisse.

(Photo: Allenspach (Archives))

La semaine dernière, la fédération des importateurs d’automobiles auto-suisse a annoncé que les ventes de voitures neuves en Suisse ont baissé en 2013 de 6,2%, à 307,885 véhicules. L’organisation a souligné que cette diminution était pire dans les pays voisins, plus touchés par la crise, et qu’elle était largement due à une loi fédérale, en vigueur depuis juillet 2012, taxant davantage les véhicules émettant plus de 130 grammes de CO2 par kilomètre. Tout le monde ne partage pas ce point du vue. Entretien avec Lucien Willemin, auteur du livre «En voiture Simone» (Editions G d’Encre, 2013).

Les ventes de voitures neuves baissent. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle?

Pour l’environnement, c’est une bonne nouvelle. Ces chiffres signifient que, faute d’argent, les gens ont eu tendance à gardé leur voiture plutôt que de la changer. Malgré les apparences, il peut aussi s’agir d’une bonne nouvelle pour l’économie. Pour comprendre, il faut revenir sur le concept d’énergie grise.

Qu’est-ce que l’énergie grise?

Il s’agit de la pollution cachée dans chaque objet qui nous entoure, car nous avons besoin d'énergie pour fabriquer. Une voiture c'est quelque 180'000 composants, imaginez la quantité d'énergie nécessaire et la pollution émise pour les fabriquer ainsi que les kilomètres que ces derniers doivent parcourir pour être assemblés afin de constituer une voiture. Il est vrai qu'un nouveau véhicule rejette moins de CO2 ici sous notre ciel helvétique, mais il a rejeté énormément de l'autre côté de la planète lors de sa fabrication.

D’où tenez-vous ce chiffre?

Il n’est en effet publié nulle part. Il m’a fallu six mois pour trouver une estimation satisfaisante. J’ai enquêté avec l'aide de professionnels automobiles auprès de constructeurs de différents pays.

Devrait-on plus acheter des modèles d’occasion?

Oui, nous devons réapprendre à user nos voitures et les faire durer le plus longtemps possible. Un geste à haut potentiel environnemental de la part de nos instances politiques serait de stopper les importations de voitures neuves durant cinq ans.

Est-ce possible? Cela n’engendrerait-il pas une crise pour l’industrie automobile?

Pour les multinationales qui les produisent, cela représenterait un manque à gagner, toutefois elles disposeraient encore des marchés émergents, où le besoin en véhicules neufs est important. Cela dit, la mesure relancerait les garagistes locaux, dont les marges sur les véhicules neuf baissent depuis des années et qui verraient enfin leur parc d'occasion diminuer. Ils seraient amenés à réparer et ça c'est de l'emploi. Cela permettrait d'aborder une nouvelle forme de croissance, une croissance axée sur la réparation qui serait beaucoup moins agressive pour notre environnement que la croissance de production actuelle. On n’a guère le choix: le future sera réparable ou ne sera pas.

Combien y a-t-il de véhicules d’occasion en Suisse?

Cela peut paraître incroyable, mais personne n'est à même de le dire. On connaît le nombre de véhicules immatriculés [5,6 millions], mais on ignore le nombre réel de voiture se trouvant sur sol helvétique. Toutefois le parc d'occasion est important, il suffit d'observer le nombre de voitures stagnant devant les garages.

Que pensez-vous de l’ordonnance fédérale taxant plus les véhicules qui émettent plus?

On est trop axé sur ce qui sort du pot d’échappement, le CO2, on fait fit de l’énergie grise. L'exemple neuchâtelois est à suivre, lors de la révision de la taxe automobile il était prévu d’instaurer une taxe variable en fonction des rejets de CO2. Il s'est avéré que les voitures de luxes étaient les grandes gagnantes au profit des petites cylindrées et des véhicules d'occasion. Donner trop d'importance au CO2 rendait la taxe anti-sociale et anti-environnementale. Je me suis alors attelé à en informer les députés et au final, le Grand Conseil neuchâtelois a décidé le 1er octobre dernier d’inclure la notion d'énergie grise dans le calcul de la nouvelle taxe en accordant un rabais lié à l’âge du véhicule. C'est un première Suisse et pour moi, ce fut une journée historique.

Tribune de Genève