2016-01-14 21:19

Les 700 élèves du Roman des Romands sacrent une Xochitl Borel émue

Prix littéraire

Enseignants et élèves ont célébré la lauréate en présence de tous les auteurs ce jeudi soir à l’Alhambra.

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C’est dans une ambiance jazzy, distillée par un groupe de collégiens assurant la musique live, que plusieurs centaines d’élèves se sont installés ce jeudi soir dans les fauteuils cosy de l’Alhambra. «—Tu crois que c’est qui qui va gagner le prix? — Oh! J’aimerais trop que ce soit Dunia Miralles, j’ai trop aimé ce qu’elle écrit sur la drogue…» Dans la salle, les pronostics pour la 7e remise du prix Roman des Romands vont bon train.

Le Roman des Romands, c’est cette idée audacieuse d’une enseignante de français du Collège de Saussure, Fabienne Althaus, qui rêvait de mettre sur pied une sorte de Goncourt des lycéens en Suisse. Chaque année, une sélection d’ouvrages d’auteurs romands parus l’année précédente se retrouve en lice. Ces livres sont lus par toutes les classes de collèges, ECG et écoles de commerce qui le souhaitent, à l’initiative de l’enseignant, qui accueille tous ces auteurs dans son programme entre septembre et janvier. Cette année, 34 classes, soit quelque 700 élèves, ont participé non seulement en Suisse romande, mais également dans les cantons de Zurich, Berne, Thurgovie et du Tessin. Une classe du lycée professionnel de Neufchâteau, en Lorraine, a également rejoint l’aventure suisse et des élèves en ébénisterie ont réalisé la statuette du lauréat, en chêne massif et céramique.

Après les discours d’usage, dont celui de la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta, deux élèves du gymnase d’Yverdon ont chauffé la salle en résumant tous les livres dans un rap aux punchlines parfois musclées: «Son style trop journalistique nous rend peu euphoriques!» balancent les deux jeunes à casquette à propos de Daniel de Roulet. L’enthousiasme retombe un poil pendant la lecture d’extraits par les auteurs sur scène. On baille discrètement, regarde son téléphone, chuchote, le tout dans un bruit de froissement de doudoune.

Mais soudain, tout le monde se redresse. Roulement de tambour, le prix est remis à… Xochitl Borel! (prononcez Sotchil) La salle explose sous les vivats. Le premier roman de la Vaudoise de 28 ans, L’alphabet des anges (Ed. de l’Aire), a visiblement conquis son jeune public. Le livre raconte l’histoire d’Aneth, petite fille née borgne en raison de la tentative d’avortement ratée de sa mère. La fillette développera une sensibilité poétique hors du commun. «L’écriture de Xochitl Borel est tellement fluide que l’on devrait lire à haute voix. C’est un véritable poème en prose», salue une collégienne dans son hommage à l’auteure. Xochitl Borel, visiblement émue par l’attribution du prix – doté de 15 000 francs, alloués par la Fondation Minkoff – salue aussi bien les élèves que la poésie en général et l’organisation du Roman des Romands: «On n’a pas dépensé un sou! On mangeait bien», apprécie l’écrivaine, faisant référence aux déplacements des auteurs dans les classes participantes. Des frais couverts par des sponsors privés et quelques subventions publiques.

Parmi les candidats figuraient également Jean-Jacques Bonvin, Daniel de Roulet, Julien Buissoux, Jean-François Haas, Dunia Miralles, Amélie Plume et Antoinette Rychner.

Tribune de Genève