2016-02-29 17:14

Pas née, la décharge bioactive inquiète déjà

Environnement

L’Etat doit trouver un site pour stocker les mâchefers des Cheneviers. Les communes pressenties se rebiffent.

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Décidément, Genève ne sait plus où stocker ses déchets. Après les gravats des chantiers, ce sont les restes de l’incinération des ordures qui agitent une série de communes. Plusieurs d’entre elles ont été retenues par le Département de l’environnement en vue d’installer une décharge bioactive. Une première étude basée sur des contraintes géologiques a permis d’identifier une série de sites potentiels.

Pour l’heure, l’Etat refuse de dévoiler la liste des sites potentiels, mais certaines communes présélectionnées ont d’ores et déjà été averties et ont débattu de la question avec leurs Conseils municipaux. Ainsi, on sait que Versoix, Collex-Bossy, Genthod, Laconnex, Jussy ou Russin disposent de «zones géologiquement favorables» identifiées par les services cantonaux en charge de l’environnement.

Ce processus s’explique par la situation du site de Châtillon, à Bernex, dont la décharge bioactive arrive à saturation. Raison pour laquelle la moitié des mâchefers (résidus de combustion) issus de l’incinération aux Cheneviers sont actuellement expédiés à Berne.

Une capsule enterrée, à vie

Pour l’heure, nul ne sait à quoi ressemblera la décharge. Si les déchets forment une butte à Châtillon, la future installation devrait «de préférence» prendre la forme d’une excavation, dont le fond et les flancs seront rendus étanches. Sa dimension reste également à déterminer, mais elle devra accueillir au minimum un million de mètres cubes (la loi l’oblige) de ce matériau noirâtre composé des déchets imbrûlés – minéraux, métaux – et de cendres qui terminent leur course dans les grilles des Cheneviers. Après une trentaine d’années, le tout sera encapsulé à l’aide d’argile et de divers matériaux artificiels.

Aucune solution n’ayant été trouvée pour valoriser ce type de déchets, la capsule est destinée à rester in situ, à ne jamais se dégrader et à être recouverte par de la terre. Quant au terrain, il sera rendu à son activité précédente après les années d’exploitation. «Il n’y a aucun risque de pollution des sols», souhaite rassurer Daniel Chambaz, directeur général de l’Environnement.

Il va de soi qu’aucune Municipalité ne se précipite pour recevoir ces déchets. A Versoix, une résolution signée par l’ensemble des partis annonce que le corps politique s’y opposera. A Russin, le maire, Alain Hutin, a déjà annoncé son opposition si le site du plateau devait être retenu: «L’exploitation de cette décharge durant plus de deux décennies aura des impacts très importants totalement inacceptables.»

En zone forestière?

Pour l’heure, certains élus des communes concernées ont intégré un comité de pilotage qui planche sur la recherche du site «idéal». Autant dire que chacun espère que sa commune ne sera pas retenue. A leur demande, les études qui se focalisaient initialement sur des terrains agricoles ont été élargies à des terrains en zone forêt et industrielle.

Enfin, l’inquiétude réside dans le ballet de camions en provenance des Cheneviers, où les déchets continueront d’être incinérés. «Cela ne dépassera pas dix camions par jour, soit un par heure», fait savoir Daniel Chambaz. Selon le directeur général de l’Environnement, la procédure d’identification du site et d’autorisation devrait encore durer de «deux à trois ans», avant de laisser place aux éventuels recours. La réalisation est prévue à partir de 2020.

Tribune de Genève