2016-08-27 10:00

Une école pour les surdoués ouvre ses portes à Genève

Education

Le Groupe Athéna attend 20 élèves. Leurs parents sont déçus par l’École publique, qui assure pourtant proposer des mesures.

L’intérieur de cette maison de maître à Veyrier a subi d’importants travaux pour créer des salles de classes et des pièces à vivre.

L’intérieur de cette maison de maître à Veyrier a subi d’importants travaux pour créer des salles de classes et des pièces à vivre.

(Photo: Georges Cabrera)

Lundi, les élèves reprendront le chemin des cours. Et pour certains, l’école a la forme d’une magnifique maison de maître, le préau a une piscine et un jardin taillé à la feuille près. Le Groupe scolaire Athéna vient d’ouvrir à Veyrier. Cette école privée est la première de Genève à accueillir uniquement des enfants à haut potentiel (HP), ayant ou non des troubles d’apprentissage. Une vingtaine d’enfants sont inscrits.

Les enfants HP — dits aussi surdoués ou précoces — possèdent un quotient intellectuel au-dessus de la moyenne (supérieur à 130). Ils peuvent avoir une capacité de raisonnement, de mémorisation et d’émotion plus grande que la normale. Pour autant, malgré ces prédispositions, tous ne réussissent pas à l’école. Certains ont des difficultés d’apprentissage et souffrent de troubles comme la dyslexie et le déficit de l’attention.

Individualiser les parcours

«Deux tiers des enfants surdoués scolarisés dans les écoles ordinaires sont en difficultés et auraient besoin d’un accompagnement spécialisé», soutient Sylvia Lehmann, Genevoise et maman d’enfants HP. Parce qu’elle ne trouvait pas d’encadrement adapté dans l’enseignement public et qu’elle souhaitait proposer des solutions aux parents désemparés, elle a créé sa propre structure avec son compagnon, Jean-Luc Dutoit. «Nous sommes la première école à Genève spécialisée dans l’accueil des élèves précoces, du primaire au secondaire.» D’autres écoles privées genevoises accueillent aussi des HP mais elles les intègrent dans quelques classes spécialisées.

Le couple explique que la structure pédagogique d’Athéna est unique en son genre et calquées sur les besoins de ces enfants. «Nos enseignants ont tous une expérience dans l’enseignement spécialisé et proposent un panel de méthodes pédagogiques pour individualiser les parcours. Les cours sont donnés en petits groupes, l’enseignement des matières académiques est privilégié le matin et l’après-midi est consacré aux activités artistiques et sportives. Nous voulons revaloriser ces enfants, restaurer leur estime de soi.» Des loisirs sont prévus les mercredis après-midi, «ouverts sur inscriptions à tous les enfants, même à ceux qui ne sont pas élèves chez nous, précise la codirectrice. C’est une volonté de faire profiter le plus grand nombre de ce lieu magnifique.»

Ce plus grand nombre justement ne peut pas forcément s’offrir une scolarisation à Athéna. Car il faut compter entre 14 500 et 19 600 fr. (du primaire au secondaire) de frais d’écolage. A ces frais s’en ajoutent d’autres, comme des frais de repas, entre 1350 fr. et 3240 fr. «Pour établir nos tarifs, nous nous sommes basés sur ceux des autres écoles privées», indique Jean-Luc Dutoit. A titre de comparaison, les frais d’écolage de l’Institut Florimont oscillent entre 15 300 et 25 900 fr. par an et 14 200 à 26 300 à l’Institut international de Lancy.

Le couple se défend de tout élitisme. «Nous voulons être accessibles à tous, nous proposerons bientôt un système de bourse.»

«Moyens pas inépuisables»

Du côté du Département de l’instruction publique (DIP), on prend acte de l’ouverture d’Athéna. Mais Paola Marchesini, directrice administrative et organisationnelle, précise que le public tient compte des besoins des enfants HP. «Nous avons certes commencé par concentrer nos efforts sur les enfants -dys (dyslexie, dyscalculie, etc.). C’était une question de prévalence en termes de volume d’élèves et il y avait une urgence car il n’existait aucun outil pour les maîtres. Mais aujourd’hui, nous proposons un nombre important de mesures qui peuvent être au profit des enfants HP.» A savoir? Maître de soutien, aménagements scolaires — augmenter par exemple la difficulté des tâches ou leur nombre. Au secondaire: des options supplémentaires facultatives ou encore la possibilité de suivre des cours de sciences à l’EPFL. Sans oublier la possibilité du saut de classe. «Il y a eu 151 demandes l’an passé, un chiffre stable. Mais attention, tous ne sont pas forcément des enfants HP.» Le DIP indique ne pas tenir de statistique sur le nombre d’élèves surdoués. Enfin, pour «éviter que les maîtres ne soient démunis», des aménagements et des formations continues sont en réflexion.

Paola Marchesini admet toutefois que le Département pourrait en faire plus. «Nous pouvons toujours aller plus loin, avec plus de maîtres de soutien, plus de co-enseignement, plus de mesures adaptées. Le seul problème est que nos moyens ne sont pas inépuisables!» Jusqu’à quel point le DIP peut-il — doit-il? — différencier l’enseignement? «C’est toute la question. Il y a une limite effectivement, dans nos compétences et nos moyens. On ne peut pas répondre à chaque individu mais on doit tendre à la réponse à tous.»

Puisque le DIP manque de moyens pour offrir un encadrement complet, l’ouverture d’écoles spécialisées privées est-elle une aubaine? «Ouvrir des écoles spécialisées pour chaque besoin va à l’encontre de notre politique d’intégration qui souhaite le plus possible maintenir les élèves dans un cursus ordinaire avec des ressources adaptées. Mais ces écoles peuvent être une réponse pour certains élèves.»


Des mamans d’élèves HP témoignent

Arthur, 7 ans, va entrer à l’école Athéna, après avoir rencontré des difficultés dans le système public. «Il a des capacités différentes des autres enfants mais il peine à les utiliser, il s’ennuie vite et dérange ses camarades, raconte sa maman, Pauline. Nous nous sommes rendu compte l’an passé qu’il allait décrocher. Il fallait agir.» Qu’est-ce qui lui a manqué dans le système public? «Il existe des classes spécialisées pour ceux qui ont des problèmes d’apprentissage mais rien pour ceux qui ont un potentiel élevé et qui ne parviennent pas à l’optimiser. Le DIP n’a pas pu nous proposer d’aménagements efficaces pour améliorer la situation.» Le concept d’Athéna l’a séduite. «Ils proposent plusieurs méthodes d’apprentissages, en petits groupes, au rythme de l’enfant. Arthur va pouvoir retrouver confiance en lui, apprendre à bien apprendre. Mais nous n’envisageons pas de le laisser éternellement dans cette école, juste le temps qu’il développe les armes pour réintégrer le système public.»

D’autres parents ont refusé la voie du privé. C’est le cas de cette maman de trois enfants HP: «Nous estimons qu’une école publique, par sa mixité, permettra davantage à nos enfants de trouver leur place dans la société. Contrairement à une école privé qui pourrait, par mégarde, les enfermer dans une sorte d'élitisme.» Rester dans le public donc, même si la scolarité de ses enfants a été compliquée, notamment à cause des mises à l’écart par les camarades ou de troubles tels que hyperactivité et déficit de l’attention. «Leur potentialité était avérée mais le DIP a agi comme si elle ne l’était pas. Ils devaient suivre les rails et faire avec, quitte à mettre de côté une partie de leur personnalité.» Le plus difficile, ajoute la maman, «c’est que ces enfants se sentent dévalorisés. Sous prétexte qu’ils sont HP, ils ont un devoir de réussite. Mais ils font souvent face à des difficultés et devraient obtenir des soutiens adéquats. Le DIP n’est pas prêt pour les accueillir: peu, voire pas de structure existante, un manque de formation aux maîtres, l’école publique tolère mal les exceptions! Ne serait-il pas le moment de se pencher sur le sujet comme il a pu le faire récemment pour les troubles "dys"? Il serait temps de briser l’omerta et d'élaborer des solutions concrètes afin d'assurer un meilleur équilibre à ces enfants.»

Tribune de Genève