2016-09-12 09:52

A Genève, la session des droits de l’homme aura un goût amer

ONU

Aucun des appels lancés par le Conseil des droits de l'homme pour la Syrie ces dernières années n’a été suivi d’effets.

Choi Kyong-lim, un compatriote de Ban Ki-moon, préside le Conseil des droits de l'homme.

Choi Kyong-lim, un compatriote de Ban Ki-moon, préside le Conseil des droits de l'homme.

(Photo: DR/IGGC)

  • Alan Jourdan

La 33e session du Conseil des droits de l’homme, qui doit s’ouvrir demain à Genève, aura un goût amer et peut-être aussi un parfum de fin de règne. Les recommandations et résolutions prises sur la Syrie ou encore le Burundi – on pourrait aussi citer tous les pays agités par des conflits – sont restées jusque-là lettre morte. Un constat sévère qui s’impose alors que Ban Ki-moon s’apprête à rendre les clefs de l’ONU à l’issue d’un second mandat terni par les échecs diplomatiques et les affaires de viols impliquant les forces de maintien de la paix onusiennes.

A Genève, l’ordre du jour des travaux du Conseil des droits de l’homme, présidé par son compatriote Choi Kyong-lim, a un air de déjà-vu. Le Conseil va à nouveau s’intéresser à la situation de plusieurs pays confrontés à de violents soubresauts: la Syrie, le Burundi, le Cambodge, le Soudan, la Centrafrique, la Somalie, l’Ukraine, la République démocratique du Congo, la Libye et enfin le Yémen.

Un système inopérant

Le 19 septembre, le Conseil des droits de l’homme va tenir un énième dialogue interactif avec la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie ainsi qu’un dialogue interactif renforcé sur le Burundi, la semaine suivante. Avant même que la crise politique ne dégénère dans ces deux pays, le Conseil des droits de l’homme avait lancé des appels au dialogue et exhorté les parties à respecter le droit humanitaire international. La menace de poursuites devant la Cour pénale internationale n’y a rien fait. Dans le cas de la crise syrienne, le système s’est montré totalement inopérant. Toutes les parties se sont assises sur les principes édictés à Genève, renouant avec une barbarie que le monde pensait à jamais bannie.

L’efficacité et la pertinence des travaux menés au Conseil des droits de l’homme sont régulièrement sujettes à critique. Les ONG et les défenseurs des droits de l’homme bouillonnent. L’impuissance du Conseil est la conséquence d’une politisation de plus en plus prégnante des enjeux. Le clivage ne se résume plus à une confrontation Est-Ouest ou Nord-Sud. Les règles du jeu se sont complexifiées. Le débat sur la liberté d’expression et la diffamation des religions ou encore les pressions exercées sur les rapporteurs spéciaux et les procédures spéciales montrent que l’enceinte de l’Alliance des civilisations est le théâtre d’un formidable rapport de force entre des pays qui trouvent parfois plus de motifs à s’éloigner et à s’affronter qu’à se rapprocher.

Menaces…

Au registre des sujets qui donnent lieu à de sourds règlements de comptes dans les coulisses de l’ONU, il faut mentionner la question des droits des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). Au cours de l’été, plusieurs pays ont manœuvré pour essayer de faire échouer le processus de désignation d’un rapporteur spécial. Certains diplomates très engagés dans la défense des droits des LGBT, comme Filloreta Kodra, l’ambassadrice de l’Albanie auprès de l’ONU, ont même été la cible de menaces.

Tribune de Genève