2018-09-07 10:10

Julien Lyon a mis son destin sportif entre deux béquilles

Athlétisme

Deux ans après son titre européen par équipes, le marathonien enchaîne deux opérations pour repartir du bon pied.

Julien Lyon souffrait de douleurs aux tendons d’Achille. Après des abandons qui ont sapé son moral, il a décidé de se faire opérer des deux pieds, l’un après l’autre.

Julien Lyon souffrait de douleurs aux tendons d’Achille. Après des abandons qui ont sapé son moral, il a décidé de se faire opérer des deux pieds, l’un après l’autre.

(Photo: DR)

  • Pascal Bornand

Elles accompagnent son quotidien depuis un mois. Elles le soutiennent surtout. Deux béquilles en forme de parenthèses, comme celles entre lesquelles Julien Lyon a décidé de mettre sa carrière d’athlète. Champion d’Europe par équipes du semi-marathon en 2016, le Genevois a pris son destin en main. Tendons d’Achille enflammés, la douleur était devenue trop lancinante. «Elle plombait mes chances de succès et elle pourrissait ma vie», explique-t-il.

Il aurait pu s’en accommoder, prendre son mal en patience comme les médecins le lui suggéraient. Mais son ressenti l’a poussé à passer à l’acte, à courir un risque. C’est un peu lui qui a forcé la porte de la salle d’opération! Il y retournera dans deux semaines pour traiter l’autre pied. Rebelote, un coup de bistouri et six semaines de plâtre. «À 28 ans, j’ai encore le temps de réaliser de belles choses, se persuade-t-il. Dans le fond, je ne suis qu’un débutant.»

Souvent tout ou rien

Dans le petit monde de la course à pied, Julien Lyon a toujours tracé son chemin de façon marginale. Sa personnalité est aussi sensible que son talent est fragile. Et sa nature paisible cache un caractère parfois rebelle. «Chez moi, c’est souvent ou tout ou rien. Il en va de ma carrière, faite jusque-là de hauts et de bas.» La saison 2016 illustre bien ce parcours contrarié. Au printemps, il célèbre son baptême de marathonien dans le blizzard zurichois. Vu les circonstances, son chrono (2 h 16’ 17) est remarquable mais insuffisant pour lui offrir le sésame olympique. En été, il se console en terminant 15e des Européens de semi-marathon, son estimable contribution au titre conquis par la Suisse à Amsterdam. Et en automne, il bat son record du semi à Copenhague avant de craquer une semaine plus tard au marathon de Berlin…

Depuis, Julien Lyon a plus souvent broyé du noir que brillé. La faute à quelques erreurs de parcours, puis surtout à ces blessures sournoises nichées à l’insertion de ses deux tendons d’Achille. Durant deux ans, il les a supportées vaille que vaille, en serrant les dents. Ce printemps, après un long stage au Kenya, il a même cru pouvoir en faire fi. Ses abandons répétés aux marathons de Zurich et de Düsseldorf ont sapé ses espoirs de sélection. Coïncidence piquante, c’est durant les Européens de Berlin que le coureur du Stade Genève est passé une première fois sur le billard. Aujourd’hui, libéré d’un grand poids, il en sourit.

«Pour moi, c’était le moment ou jamais. J’avais encore fait illusion en terminant 6e du GP de Berne. Mais les douleurs persistaient. De retour au Kenya, je me suis mis à gamberger et j’ai pris ma résolution, quitte à tirer une croix sur toute la fin de saison et à perdre en décembre le soutien financier de Swiss Athletics.» Voilà comment Julien Lyon s’est retrouvé entre les mains du Dr Assal. «Il a raboté au marteau une excroissance osseuse qui enflammait mon tendon. C’est comme s’il m’avait enlevé une épine du pied», raconte-t-il.

Un sentiment de peur

Entre la frustration, l’impatience et le soulagement, Julien Lyon est bien sûr passé par tous les états d’âme. Désormais, il attend la délivrance en s’armant de patience. Le corps a besoin de temps pour cicatriser, pour récupérer d’une telle intervention chirurgicale. La seconde opération est prévue le 17 septembre. Un certain sentiment de peur le taraude. Et si le mal revenait, malgré tout? Un peu par défi, il a accepté de repartir presque de zéro. «En décembre, mon premier footing me dira où j’en suis. Puis je retournerai au Kenya où mon amie m’attend. Faute de visa, elle n’a pas pu me rejoindre à Genève. Elle me manque. Sinon, je ne m’ennuie pas. Je profite de cette pause pour perfectionner mon anglais, pour réfléchir à mon avenir et au sens que je veux donner à ma vie.»

Sa force de résilience fait courir ses espoirs. Elle le mène jusqu’aux JO de Tokyo, en 2020. Le Genevois a deux ans pour se reconstruire et pour vivre son rêve olympique.

Tribune de Genève