2019-01-07 09:51

Le Congo demeure plongé dans l’incertitude

En RDC, la proclamation des résultats de l’élection du 30 décembre devait se faire dimanche. Mais l’attente se poursuit.

Des membres de la CENI (Commission électorale indépendante) vérifient le décompte des voix dans un centre électoral de Kinshasa le 4 janvier.

Des membres de la CENI (Commission électorale indépendante) vérifient le décompte des voix dans un centre électoral de Kinshasa le 4 janvier.

(Photo: AP/Jerome Delay)

  • Patricia Huon

  • Kinshasa

Kinshasa patientait ce dimanche, dans un calme presque déroutant. Les Congolais attendent de connaître le successeur du président Joseph Kabila, au pouvoir depuis dix-huit ans. La Commission électorale (Céni) disposait d’une semaine après le vote pour annoncer les résultats provisoires de l’élection générale du 30 décembre. Mais, dimanche, le président de la Céni, Corneille Nangaa, a affirmé qu’à peine un peu plus de la moitié des plis des bureaux de vote du pays ont été compilés. La proclamation est retardée, sans qu’une date précise ne soit fixée. Ce nouveau délai, dans une élection attendue depuis plus de deux ans, agace et éveille des soupçons. Le directeur de campagne de l’opposant Martin Fayulu, Pierre Lumbi, a mis «en garde la Céni contre toutes tentatives de modifier les résultats affichés devant les bureaux vote».

La pression est montée d’un cran, ces derniers jours, sur la Céni, que de nombreux Congolais perçoivent comme étant sous les ordres du chef de l’État. Jeudi, la Conférence épiscopale du Congo (Cenco), qui disposait de 40 000 observateurs à travers le pays, a rendu ses conclusions. L’abbé Donatien Nshole, porte-parole des évêques, «constate que les données en sa possession […] consacrent le choix d’un candidat comme président de la République». C’est une mise en garde. Par ces mots, la Cenco affirme connaître le vainqueur de l’élection présidentielle, et être en mesure de le prouver si les résultats officiels devaient ne pas correspondre au «choix que le peuple congolais a clairement exprimé». L’Église catholique a joué un rôle central dans la médiation de la crise politique et jouit d’un important pouvoir de mobilisation. Le pouvoir le sait. La majorité présidentielle a accusé les évêques d’intoxiquer la population et de préparer un soulèvement.

La Commission électorale est la seule institution autorisée à donner des tendances ou résultats partiels. Mais le nom de Martin Fayulu, un ancien homme d’affaires, candidat d’un regroupement de partis d’opposition, circule de la rue jusqu’aux ambassades. La vraie question est la voie que vont emprunter les autorités. «Dans l’état actuel des choses, je ne vois pas la Commission électorale déclarer un autre vainqueur qu’Emmanuel Ramazani Shadary (ndlr: le candidat de la majorité, soutenu par le président Kabila). Un autre scénario possible serait l’annulation de l’élection», estime Jason Stearns, directeur du Groupe d’étude sur le Congo.

La prise de position ferme de l’Église et, dans une moindre mesure, les appels de la communauté internationale au respect du résultat des urnes renforcent la détermination de la population. Ils laissent aussi craindre une confrontation. «Nous espérons qu’il n’y aura pas de violence. Mais je sens que ça ne va pas bien se passer», redoute un vendeur sur un marché de «Poids lourds», un quartier populaire de la capitale. La coupure totale des réseaux internet, arme désormais banale des régimes autoritaires pour empêcher les informations de circuler, est maintenue à Kinshasa. Des familles ont fait des provisions de nourriture et de médicaments. En coulisses, l’avenir se joue dans des négociations, et l’incertitude persiste.

Tribune de Genève