2019-02-07 20:19

Schneider-Ammann lance son fonds d'innovation pour les PME suisses

Financement

L’ancien ministre de l’Économie, La Mobilière, UBS ou Credit Suisse veulent lever 500 millions de francs, notamment auprès des caisses de pension.

La task force du SwissEF (de g. à dr.): Urs Berger (La Mobilière), Peter Stähli, directeur du SwissEF, Johann Schneider-Ammann, Didier Denat (Credit Suisse) et Lukas Gähwiler (UBS).

La task force du SwissEF (de g. à dr.): Urs Berger (La Mobilière), Peter Stähli, directeur du SwissEF, Johann Schneider-Ammann, Didier Denat (Credit Suisse) et Lukas Gähwiler (UBS).

(Photo: Keystone PETER SCHNEIDER)

  • Elisabeth Eckert

Un seul chiffre, avancé jeudi par l’ancien conseiller fédéral et père spirituel de la toute nouvelle Swiss Entrepreneurs Foundation (SwissEF) Johann Schneider-Ammann, résume à lui seul le problème qui touche l’innovation en Suisse: «Lorsqu’une start-up helvétique ou une PME active dans les secteurs d’avenir et qui atteint un certain stade de maturité cherche des fonds pour se développer et commercialiser ses produits y compris à l’international – généralement quelque 5 millions de francs –, ces dernières se voient, à 70%, financées par des investisseurs étrangers, au risque de voir leur savoir-faire et les emplois quitter à terme notre pays.» Avec le lancement d’un fonds d’investissement 100% suisse, qui ambitionne 500 à 600 millions de francs de dotation, c’est clairement l’inversion de cette tendance que vise ce partenariat privé-public tout à fait inédit.

Certes, l’accouchement fut long: près de deux ans. «Il a fallu recueillir et établir un nombre incalculable de documents pour obtenir l’agrément de la FINMA (ndlr: Autorité de surveillance des marchés)», raconte Urs Berger, président de l’assurance La Mobilière. «Nous sommes effectivement partis de zéro», ajoute Didier Denat, responsable de la division Corporate et Investment Banking chez Credit Suisse (Suisse). Et pour cause. Johann Schneider-Ammann, qui était encore conseiller fédéral en charge de l’Économie, a impérativement voulu que ce fonds de capital-risque soit de droit suisse, ce qui n’existe presque pas dans notre pays. «Nous avons dû pratiquement tout débroussailler pour répondre aux existences réglementaires de la FINMA.» Ce fut chose faite la semaine dernière.

Jeudi, la SwissEF, dont le but est de soutenir les start-up suisses et les PME innovantes durant leur phase de croissance «pour qu’elles se développent et créent des emplois en Suisse plutôt qu’à l’étranger», affirment Johann Schneider-Ammann et son successeur à la tête du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche, Guy Parmelin, a franchi un pas de géant. Son bras financier, le Swiss Entrepreneurs Fund, a enfin vu le jour.

Son objectif: atteindre un montant de 500 millions de francs. «Avec 100 millions de francs investis et en tant qu’investisseur principal, La Mobilière joue un rôle clé dans l’orientation stratégique de la fondation», affirme Urs Berger. À côté d’elle, UBS et Credit Suisse ont marché main dans la main – une première – pour créer non seulement ce véhicule d’investissement en capital-risque, mais surtout pour conseiller leurs gros clients privés et les caisses de pension helvétiques de placer une petite partie de leurs avoirs dans les jeunes pousses innovantes suisses.

Le danger de l’adolescence

«Ce qui manque en Suisse, explique pour sa part Lukas Gähwiler, président d’UBS Suisse, ce ne sont plus tant des investisseurs de départ, lorsqu’une personne veut créer une entreprise. Des véhicules financiers ainsi que des mises de fonds personnelles ou des prêts octroyés par les proches permettent aujourd’hui assez aisément de se lancer.» Non, ajoute-t-il, aujourd’hui, la phase la plus périlleuse pour une jeune pousse est celle de la croissance, où un entrepreneur doit passer de quelques dizaines, voire centaines de milliers de francs de chiffre d’affaires à plusieurs millions, où rien n’est encore gagné, surtout pas la conquête de nouveaux marchés, tant en Suisse qu’à l’étranger, mais où peu d’acteurs bancaires, de caisses de pension, voire de gros clients privés n’osent se risquer. «Leur regard, en Suisse, reste encore très prudent», nous explique Didier Denat, de Credit Suisse, qui compte quelque 100 000 PME helvétiques parmi ses clients. Au sein de la grande banque, le Genevois sait de quoi il parle, lui qui fut longtemps responsable de ce type d’investissements dans les sociétés innovantes à Londres. «Aux États-Unis, par exemple, les fonds de pension consacrent entre 7 et 10% de leur fortune dans ces placements alternatifs. En Suisse, ces investissements ne représentent encore qu’une part infime par rapport à la pierre, par exemple.»

Ce nouveau mégafonds va intervenir de deux façons différentes: soit en investissant directement dans le capital-actions d’une start-up, soit en prenant des parts dans des fonds de capital-risque déjà existants, avec une très grande priorité donnée aux sociétés suisses. Les secteurs privilégiés seront la santé, la mécanique de précision et le numérique. L’appel à l’investissement «patriotique» est lancé.

Tribune de Genève