2019-04-08 17:36

Le festival Archipel réussit le pari d’une édition conjuguée au féminin

Musique

Le rendez-vous a tenu ses promesses avec un public rajeuni et des talents audacieux pour chaque concert.

Le directeur du festival Archipel, Marc Texier.

Le directeur du festival Archipel, Marc Texier.

(Photo: PIERRE ABENSUR)

Les marins pourraient dire qu’il tire avec adresse ses derniers bords, à une allure plus que soutenue. Marc Texier, dont le capitanat au sein du festival Archipel s’achèvera en 2020 – et ce après avoir signé quatorze éditions – vient de clore son avant-dernier exercice le sourire aux lèvres. Alors que le rideau est tombé dimanche soir, on est à peu près certain que la cuvée 2019 marquera durablement les annales de cette vitrine des musiques contemporaines. On se souviendra en premier lieu du pari posé d’entrée et avec force sur l’affiche: en réinventant astucieusement son nom – Archip-elles – la manifestation a voulu se tourner entièrement vers la création féminine, si peu représentée dans les salles et auprès des formations qui comptent.

Que faut-il retenir de ce choix? «Qu’il n’a constitué en aucun cas une contrainte, note Marc Texier. On est parvenu à bâtir un programme alléchant sur onze jours, en déployant la diversité existante au sein des talents féminins. Cela a permis de faire des découvertes et de côtoyer des artistes de toute génération venus du monde entier.» Cette ligne a séduit un public qui a été par ailleurs mieux ciblé, grâce à une campagne de communication plus affinée et davantage orientée vers les réseaux sociaux. Résultat? «Les salles étaient pleines, surtout pour les concerts. C’est plutôt rare en ce qui nous concerne, note Marc Texier. Cette année, nous n’avons pas connu de creux, même pour les propositions plus expérimentales. Par ailleurs, sans disposer d’éléments statistiques irréfutables, nous avons constaté un clair rajeunissement des passionnés venus nous suivre, cela a été perceptible à vue. L’ambiance à la salle communale de Plainpalais, que nous retrouvions pour l’occasion, a été du coup plus conviviale et sympathique après les concerts.»

Parmi les dizaines d’événements présents au programme, le directeur isole quelques faits saillants: «J’ai été particulièrement frappé par la prestation de la violoniste Anna Göckel et du Lemanic Modern Ensemble, dans le «Graal Théâtre, concerto pour violon et ensemble» de la Finlandaise Kaija Saariaho. J’ai été marqué ensuite par le retour à Genève du Quatuor Béla. Sur le front des créations mondiales, je citerais «Paradiso» d’Édith Canat de Chizy, avec l’excellent chœur Spirito. Et j’ajouterais «Derniers Soleils» d’Aki Nakamura, une compositrice que nous avions accueillie dans l’académie du festival et qui ne composait plus depuis trois ans. Elle s’y est remise à cette occasion, avec de beaux résultats. Nous l’avons tous encouragée à poursuivre, à ne pas abandonner ses activités d’écriture.»

Un regard vers l’avenir proche d’Archipel permet de dégager déjà quelques premières lignes significatives. Un duo prendra le relais de Marc Texier après 2020. Il sera formé par Marie Jeanson – figure active dans la production d’événements dans les domaines des arts de la scène, de la musique et des arts plastiques – et par Denis Schuler – musicien, compositeur et directeur artistique de la plateforme interdisciplinaire de recherche et de création Ensemble Vide.

En attendant leur entrée en fonction, qui sera déjà opérationnelle en 2020, l’actuel directeur dévoile quelques traits de sa dernière édition: «Nous pourrons compter sur la présence de quelques institutions importantes dans le programme. L’Orchestre de la Suisse romande, avec qui nous avons déjà collaboré par le passé, ouvrira pour la première fois le festival avec son concert. Nous aurons aussi, sur le front de l’opéra, une pièce qui sera créée et représentée au Grand Théâtre durant toute la durée de notre événement.» Deux coups de vent vigoureux pour le dernier bord qu’attend Marc Texier l’année prochaine.

Tribune de Genève