2015-10-21 22:44

UniCredit déboule dans le financement du négoce

Matières premières

La réduction de voilure de la filiale genevoise de BNP Paribas laisse un vide. La banque italienne ouvre un bureau à Genève

Siège principal de la banque Unicredit à Milan, Italie.

Siège principal de la banque Unicredit à Milan, Italie.

(Photo: Wikipédia)

La transition se précise pour le financement du négoce de matières premières à Genève. Le vide laissé par le traditionnel leader de la branche dans le canton, BNP Paribas – suite à son amende de 8,5 milliards de francs pour avoir violé des embargos américains à Cuba, au Soudan et en Iran – se comble progressivement.

La banque italienne UniCredit a ouvert un bureau au centre-ville presque entièrement dédié au financement du négoce, a appris la Tribune de Genève. Pour se faire connaître, la maison a organisé en juin une soirée dans un hôtel genevois et invité des négociants de la place. D’autres sociétés ont renforcé leurs effectifs sur ce front, comme le néerlandais ING Group, Hindujah Bank Switzerland Ltd ou Arab Bank (Switzerland) Ltd.

BNP Paribas, fin d’une ère

Il n’y a pas que BNP Paribas. Plusieurs grandes banques, face aux critères stricts des réglementations de Bâle III – et à des règles internes de compliance et de rentabilité durcies – ont réduit leurs services en la matière. Surtout auprès des plus petits négociants.

Ce retrait a permis à de nouveaux acteurs de conquérir une plus grande part du marché, comme le groupe EFA, basé à Singapour. «Nous nous développons à Genève car c’est un important hub pour le secteur du commodity trading et de son financement», indique l’administrateur de la filiale dans le canton, Nicolas Sanchez. La plupart des nouveaux venus – d’UniCredit à EFA en passant par UBS et Société Générale – ont trouvé leurs nouvelles recrues notamment parmi les anciens de BNP Paribas.

De leur côté, les géants du négoce, qui empruntent des sommes importantes à bon marché, prêtent désormais beaucoup plus souvent aux traders de plus petite taille, se substituant ainsi aux établissements traditionnels. «Ces arrivées et renforcements consolident l’attractivité de Genève en matière de financement du négoce», se réjouit Vincent Subilia, directeur adjoint de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG). Jean-Louis Arcand, professeur d’économie au Graduate Institute, estime pour sa part que les réglementations accrues n’expliquent pas tout. «Les banques genevoises se reposent trop sur leurs lauriers de la gestion de fortune; elles devraient faire beaucoup plus de financement du négoce vu l’importance du secteur à Genève», dit-il.

La Chine en embuscade

Un séminaire consacré à d’éventuelles synergies sur ce créneau entre Genève et la Chine se tiendra dans le canton à la fin du mois, alors qu’une importante banque de la République populaire vient d’obtenir sa licence bancaire à Zurich. Le conseiller d’Etat en charge de l’Economie, Pierre Maudet, a d’ailleurs récemment profité d’un voyage à Singapour pour promouvoir la place genevoise en Asie.

De nombreux négociants genevois collaborent déjà avec des créanciers chinois par l’intermédiaire de leurs succursales au Luxembourg, à Londres ou à Francfort. La Banque industrielle et commerciale de Chine – la plus grande du monde en termes de capitalisation boursière – peut dégager des sommes en tout cas cinq fois plus importantes que BNP Paribas avant son amende, selon un spécialiste du secteur.

Le négoce de ressources naturelles occupe plus de 6000 personnes dans l’arc lémanique et continue de s’étoffer, malgré la baisse généralisée des prix des matières premières. Plusieurs sociétés se sont installées dans la région et les diplômes dédiés de l’UNIGE sont de plus en plus réputés.

Tribune de Genève