2017-12-18 20:36

L’édition 2018 des Fêtes de Genève en danger de mort

Crise

Genève Tourisme débarque son directeur et le patron des Fêtes. Et annonce un déficit de 3,2 millions pour l’édition de 2017.

Selon le président de Genève Tourisme, Yves Menoud, «les Fêtes telles qu’on les a connues jusqu’en 2017 n’existeront plus».

Selon le président de Genève Tourisme, Yves Menoud, «les Fêtes telles qu’on les a connues jusqu’en 2017 n’existeront plus».

(Photo: Laurent Guiraud)

Que restera-t-il des Fêtes de Genève en 2018? La question se pose. Selon le président de Genève Tourisme, Yves Menoud, plusieurs scénarios sont envisagés, allant «de rien du tout à une manifestation estivale» de moindre ampleur. Une chose est sûre, selon ses propres mots, «les Fêtes telles qu’on les a connues jusqu’en 2017 n’existeront plus». Cette annonce fait suite à la révélation du déficit de l’édition 2017 ainsi qu’aux départs du directeur de Genève Tourisme, Philippe Vignon, et du patron des Fêtes, Christian Kupferschmid.

Pour le moment, l’été prochain, seul le retour de la grande roue qui trône au-dessus de l’Horloge fleurie semble assuré. Les forains? Les stands? Impossible à dire. Même le feu d’artifice est en sursis. «Les pistes seront présentées fin janvier-début février. Tout en sachant que nous devons garantir un équilibre financier total puisque les réserves financières sont épuisées», poursuit le président.

Un déficit de 3,2 millions

Lundi, Genève Tourisme a en effet révélé que le déficit de l’édition 2017 s’élève à 3,2 millions, sur un budget total de 4,5 millions. Soit plus de six fois le déficit attendu de 500 000 francs. En novembre déjà, dans nos colonnes, Yves Menoud annonçait: «Le déficit va être dépassé, de manière conséquente.» On connaît désormais le chiffre, «qui s’est révélé bien supérieur à toutes les prévisions, même les plus pessimistes», souligne le président, avant de préciser qu’«il n’y a pas eu de malversations».

Une enquête interne est en cours. Un nouveau directeur financier se chargera d’analyser les comptes. «Beaucoup de factures sont venues alourdir le budget. Notamment sur le plan de la sécurité. Il a fallu installer les blocs de béton, souscrire une assurance attentat…» souligne Yves Menoud.

En 2017, les rentrées ont été supérieures à 4 millions, «mais les charges n’ont pas été maîtrisées». Marc-Antoine Nissille, vice-président de Genève Tourisme, évoque notamment «des dérapages financiers durant le mois de juillet». Ou encore des factures arrivant après coup. «Nous avons reçu une facture de la Ville car il y avait plus de mètres carrés de pelouse à changer», indique Yves Menoud.

Le problème, c’est que ce trou financier vient s’ajouter à celui laissé par l’édition 2016. Au début de novembre, l’audit commandité par l’État révélait que le déficit final de l’édition 2016 des Fêtes de Genève, alias le Geneva Lake Festival, s’élevait à 6 millions, au lieu des 3,5 millions indiqués dans les comptes 2016. Au fil des pages transpirait l’amateurisme de Genève Tourisme.

Face à ces critiques, le directeur Philippe Vignon rétorquait dans nos colonnes: «Nous avons étendu notre système de contrôle interne aux Fêtes. Les conclusions de l’audit enfoncent des portes ouvertes, cela fait longtemps qu’on a compris qu’il y a des choses à corriger.»

Deux têtes en moins

Un processus visiblement insuffisant aux yeux du conseil de fondation, puisqu’un mois et demi plus tard, le même Philippe Vignon est prié de rendre son tablier. Évoquant la nécessité de «rétablir la confiance de tous les interlocuteurs et acteurs de cette manifestation traditionnelle genevoise», l’organe qui dirige Genève Tourisme a en effet «enjoint Philippe Vignon, directeur général de Genève Tourisme, et Christian Kupferschmid, responsable de l’organisation des Fêtes de Genève 2017, à quitter leurs fonctions».

Le premier, qui dirigeait Genève Tourisme depuis 2010, a ainsi vu son obligation de travailler prendre fin le jour même. Tandis que le second, qui avait pris la tête des Fêtes de Genève en 2017 après le départ d’Emmanuel Mongon, restera dans les murs jusqu’à la fin de juin. Contactés, les deux hommes n’ont pas souhaité commenter.

Yves Menoud, l’actuel président, assurera l’intérim en attendant qu’un nouveau directeur soit recruté. Quant à Christian Kupferschmid, sera-t-il remplacé en tant que directeur des Fêtes de Genève? «Il n’y a plus réellement de Fêtes à proprement parler», lâche Yves Menoud.

Pourtant, comme le prévoit la loi, parmi les tâches qui incombent à Genève Tourisme (financé essentiellement par le produit de la taxe de séjour et des taxes de tourisme), l’une d’elles consiste à «assurer l’organisation d’animations d’intérêt touristique». D’autant que lesdites Fêtes ont longtemps été présentées comme un événement indispensable aux yeux des hôteliers.

Par ailleurs président de la Société des hôteliers de Genève, Marc-Antoine Nissille conclut: «Les milieux hôteliers ont toujours défendu les Fêtes de Genève. C’est important pour l’été, pour les Moyen-Orientaux. Nous sommes favorables à ce que Genève Tourisme organise les Fêtes, mais nous sommes aussi conscients qu’il ne faut pas mettre en danger la fondation afin qu’elle puisse faire son travail de promotion du tourisme.»

Reste que si les Fêtes sont réduites à la portion congrue, les déçus risquent d’être légion.


«La Ville ne peut être tenue pour responsable»

Après deux ans de débâcle financière pour les Fêtes, la Ville, qui a modifié les conditions de l’accord-cadre avec Genève Tourisme dès 2016 en réduisant le nombre de jours et l’empiétement sur le domaine public, a-t-elle une part de responsabilité? Les dirigeants de Genève Tourisme ne cessent de plaider le manque de temps et de rentabilité depuis la suppression des Pré-Fêtes. Un rapport du service d’audit interne de l’État sur l’édition 2016 mentionne, entre autres, la validation tardive du plan directeur par les autorités, le manque de réactivité dans le traitement des demandes par les services compétents et l’octroi de jours d’exploitation supplémentaires aux forains sans augmentation proportionnelle de la redevance versée. Le magistrat en charge de l’Environnement urbain et de la Sécurité, Guillaume Barazzone, réfute toute imputabilité. «Le plan directeur a été changé à de nombreuses reprises, il est normal qu’il ait été validé tardivement. La Ville n’organise pas les Fêtes et ne peut être tenue responsable de l’explosion des charges. Au contraire, on a tout mis en œuvre pour faciliter leur tenue. Et on met à disposition gratuitement notre plus bel espace: la rade. On a même participé à augmenter les recettes en autorisant la grande roue pendant trois mois. Les Pré-Fêtes rapportaient moins de 500 000 francs, ça n’explique pas la mauvaise gestion.» L’élu ajoute qu’«il y aura énormément de déçus au sein de la population si les Fêtes 2018 n’ont pas lieu». Le peuple se prononcera d’ailleurs le 4 mars sur l’avenir de la manifestation. Le Canton, qui, rappelons-le, dispose, tout comme la Ville de Genève et les communes, d’un représentant au conseil de fondation, s’exprime pour sa part sur le déficit de 3,2 millions pour l’édition 2017: «Le Département de la sécurité et de l’économie (DSE) a été préalablement informé de ce résultat négatif. Il a incité la fondation à prendre toutes les mesures utiles, y compris les plus radicales, pour assurer sa mission et le faire dans un cadre financier rigoureux.» Sophie Simon et M.P.

Tribune de Genève