2017-11-07 16:32

Le déficit de l’édition 2016 des Fêtes de Genève passe de 3,5 à 6 millions

Culture

L’audit commandité par l’État révèle l’amateurisme de Genève Tourisme dans l’organisation du Geneva Lake Festival.

L'ampleur du déficit des Fêtes de Genève dépasse toutes les prévisions.

L'ampleur du déficit des Fêtes de Genève dépasse toutes les prévisions.

(Photo: Laurent Guiraud)

Voilà un rapport que Genève Tourisme aurait sans doute préféré enterrer. L’audit de l’État chargé de faire la lumière sur l’édition 2016 des Fêtes de Genève, alias le Geneva Lake Festival, vient d’aboutir. Ce document confidentiel, que nous nous sommes procuré, s’avère être une bombe dans le jardin de Genève Tourisme.

Il révèle que le déficit final de cette édition, qui s’est tenue du 4 au 16 août, s’élève à 6 millions. Et non 3,5 millions comme cela était indiqué dans les comptes 2016. Soit trois fois plus que les 2 millions de francs de pertes consentis par la fondation en amont de la manifestation. L’enquête du service d’audit interne met en exergue l’amateurisme de l’organisateur de l’événement estival genevois.

«Manque de transparence», «erreurs dans les estimations budgétaires», «imprécisions dans les comptes», absence de maîtrise des risques, «lacunes dans la gestion des forains et des stands» ou encore factures non contrôlées et frais non justifiés, tout y passe. Au fil des 59 pages, le rapport souligne les nombreux dysfonctionnements qui ont conduit à ce désastre financier.

Des recommandations sont aussi formulées, telles que la mise en place d’un protocole d’accord pluriannuel (lire ci-dessous) liant la Fondation Genève Tourisme, le Canton et la Ville de Genève. Pour rappel, cette dernière met à disposition gratuitement une partie de son domaine public pour les Fêtes.

À l’aube de la votation

À l’aube de la votation du 4 mars 2018, qui déterminera l’avenir des Fêtes, ce rapport sonne comme un coup de semonce pour Genève Tourisme. En début d’année prochaine, les citoyens de la ville se prononceront en effet sur l’initiative «Pour des Fêtes de Genève plus courtes et plus conviviales» ainsi que sur son contre-projet, adopté par le Municipal le 26 septembre. La fondation privée a tout intérêt à mettre de l’ordre dans ses procédures administratives et financières avant la décision populaire.

Dans le détail, que dit le rapport? Que l’écart entre le budget et les comptes serait principalement dû à une baisse des revenus des stands. Soit 1,5 million de francs de moins que prévu. Seulement voilà, même les documents qui permettraient à Genève Tourisme de «démontrer que ce budget a été déterminé de manière sincère et réaliste» manquent à l’appel… Ils sont restés entre les mains de la société mandatée, soit celle de l’éphémère producteur exécutif Emmanuel Mongon.

Si le nom de ce dernier ne figure pas dans le rapport, le rôle du mandataire dans cette gabegie apparaît en filigrane. À l’image de la négociation du contrat de licence. Dès le 19 décembre 2014, un mandat liant les deux parties prévoit que le futur concept ne pourra être utilisé sans la société d’Emmanuel Mongon. Sur ce point, le service d’audit s’étonne de l’absence d’analyse chiffrée, d’expertise financière ou même de procès-verbaux des discussions menées entre les deux partenaires ayant abouti à ce contrat.

Dans un autre chapitre, on trouve la liste des marchés attribués à des entreprises françaises, suisses ou néerlandaises sans avoir été soumis à une mise en concurrence. L’audit souligne «l’absence de règles concernant la passation des marchés» dans le règlement de Genève Tourisme. Sans compter que la fondation a pris des engagements sur trois ans. Des pénalités devront donc être versées aux fournisseurs lésés. Autre exemple flagrant de gestion approximative: les contrats avec les forains. L’audit relève l’absence de certains documents dans les dossiers de demande d’emplacement ainsi que des facturations tardives ou douteuses. Ou encore des encaissements effectués en espèces, directement sur les quais.

Genève Tourisme se justifie

Contacté par nos soins, Genève Tourisme refuse de commenter l’audit. Toutefois, la fondation prend position dans le rapport. Elle se défend en expliquant que l’édition 2016 était particulière. «Les coûts importants au moment du lancement de ce projet (ndlr: prévu pour durer dix ans) devaient être amortis progressivement.» Elle précise aussi que le délai a été court pour mettre en place l’édition 2016 et que les recettes financières n’ont finalement pas été à la hauteur.

Tribune de Genève