2019-05-15 21:19

Le Sénat de l’Alabama vote l’interdiction de l’avortement

États-Unis

Voté mardi soir, le texte interdit les IVG même en cas de viol ou d’inceste. Les médecins risquent jusqu’à 99 ans de prison.

Une pancarte brandie mardi devant le parlement de l'Alabama proclame: «Sortez de mon utérus».

Une pancarte brandie mardi devant le parlement de l'Alabama proclame: «Sortez de mon utérus».

(Photo: Reuters)

  • Jean-Cosme Delaloye

  • New York

Les militants conservateurs qui rêvent depuis des années de bannir le droit à l’avortement aux États-Unis ont remporté une victoire importante, mardi soir. Le Sénat de l’Alabama a voté à une large majorité un texte interdisant les interruptions de grossesse même dans les cas de viol ou d’inceste. Seuls les avortements pratiqués pour sauver la vie de la mère seront désormais autorisés dans cet État du sud des États-Unis. Quant aux médecins pratiquant des avortements, ils risqueront jusqu’à 99 ans de prison.

Le spectacle offert par ce vote au Sénat de l’Alabama reflète la profonde fracture culturelle et raciale qui est en train de se creuser aux États-Unis. Vingt-cinq hommes, tous républicains et Blancs, ont voté en faveur du texte interdisant l’avortement en Alabama.

Les quatre femmes qui siègent au Sénat de cet État conservateur sont toutes démocrates et Afro-Américaines. Elles ont voté contre le texte après avoir imploré la majorité conservatrice de faire une exception pour les grossesses résultant d’un viol ou d’un inceste. «Vous n’avez pas à élever cet enfant», a lancé la sénatrice démocrate Vivian Davis Figures à ses adversaires républicains lors du débat parlementaire. «Vous ne devez pas nourrir cet enfant. Et malgré ça, vous voulez prendre cette décision (ndlr: à la place de la victime).»

Objectif Cour suprême

Le droit à l’avortement aux États-Unis est garanti par un verdict de la Cour suprême en 1973 dans l’affaire Roe vs Wade, qui porte le pseudonyme de la plaignante – Jane Roe – et d’un procureur texan de l’époque, Henry Wade. Jane Roe avait porté plainte contre le Texas pour obtenir le droit d’avorter et remporté sa bataille à la Cour suprême.

Les conservateurs se mobilisent depuis des années contre ce verdict. L’ambition des élus républicains de l’Alabama avec leur texte de loi est de déclencher une bataille légale qui puisse remonter jusqu’à la Cour suprême. Ils seront opposés à l’ACLU, l’organisation de défense des droits civiques aux États-Unis, qui a déjà annoncé son intention de porter plainte pour empêcher l’application de la loi dans l’Alabama. «Roe vs Wade est une décision barbare qui a mis fin à la vie d’un nombre incalculable d’enfants et nous devons y mettre fin», explique Mack Butler, un ancien Représentant de l’Alabama qui a lui-même promu le texte anti-avortement précédant la loi votée mardi. «Cette loi est notre meilleure chance d’arriver à la Cour suprême et de mettre fin à Roe v. Wade. Je n’imagine pas la Cour dans sa composition actuelle, avec une majorité de juges conservateurs, ne pas défendre les enfants vulnérables.» L’offensive républicaine contre le droit à l’avortement se déroule sur plusieurs fronts. La semaine dernière, Brian Kemp, le gouverneur conservateur de l’État de Géorgie (sud), a promulgué une loi interdisant les IVG dès que les battements du cœur du fœtus peuvent être détectés. Vendredi dernier, un juge fédéral a bloqué une loi votée dans le Kentucky pour limiter le droit des femmes aux interruptions de grossesse. Et le Missouri va se pencher sur un projet de loi interdisant les avortements après huit semaines.

Les États progressistes et démocrates se mobilisent aussi pour défendre le droit des femmes à choisir. «L’accès au planning familial, y compris l’avortement, n’est pas un crime», a réagi mardi Letitia James, la procureure de New York. «La décision de l’Alabama viole des droits qui ont déjà été garantis et nous continuerons à les protéger à New York.»

Tribune de Genève