2019-08-04 15:58

Les menaces chinoises ne font pas reculer la contestation

Hong Kong

En dépit des intimidations de Pékin, le mouvement s’élargit. Il appelle à une grève générale pour ce lundi.

Les manifestations se poursuivaient ce week-end. Ici, des contestataires pointent des lasers sur les forces de l’ordre massées en face.

Les manifestations se poursuivaient ce week-end. Ici, des contestataires pointent des lasers sur les forces de l’ordre massées en face.

(Photo: Keystone)

  • Philippe Grangereau

La grave crise politique qui secoue Hong Kong depuis plusieurs mois paraît plus que jamais sans issue. Alors que la Chine menace à mots couverts de faire intervenir l’armée, les manifestants hongkongais, épouvantés par le grignotage de l’autonomie de leur territoire par le gouvernement chinois, se font de plus en plus intrépides. C’est aux cris de «Hong Kong libre» qu’ils ont manifesté tout le week-end et relayé un appel à la «grève générale» pour ce lundi: du jamais-vu dans cette grande place de la finance mondiale.

La population pourrait rejoindre en masse cet élan de «non-coopération» à même de faire surgir de grands rassemblements. Deux millions d’habitants, soit près d’un quart de la population du territoire, étaient déjà descendus dans la rue le 16 juin pour réclamer l’abrogation d’un projet de loi d’extradition qui aurait placé tout Hongkongais à la portée des tribunaux chinois, ébranlant ainsi l’indépendance judiciaire dont bénéficie (en théorie pour cinquante ans) l’ex-colonie britannique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.

Nouvelles revendications

Mais ce projet de loi ne fut que l’étincelle d’un mouvement qui a depuis considérablement élargi ses revendications. Outre le retrait formel du projet de loi et la démission de la cheffe de l’Exécutif, Carrie Lam, les manifestants exigent désormais une enquête indépendante sur les violences policières, la libération de 44 personnes inculpées d’«émeute» qui risquent 10 ans de prison et des élections au suffrage universel. Des élections que le mouvement «des parapluies» n’était pas parvenu à obtenir en 2014, malgré septante-quatre jours d’occupation du centre-ville.

«Les Hongkongais s’imaginent appartenir au monde occidental» - «Global Times» Quotidien officiel du régime chinois

Ce week-end encore, Hong Kong a été le théâtre de violences. Un commissariat a été brièvement assiégé, des barricades en bambou érigées, des briques et des cocktails Molotov lancés en direction des forces de l’ordre, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes et ont procédé à une vingtaine d’arrestations. Plus provocateur du point de vue de Pékin, des drapeaux chinois ont été décrochés de leurs hampes samedi par des activistes masqués, et jetés dans le port. «Les Hongkongais refusent d’accepter le fait qu’ils sont des descendants de Chinois et s’imaginent appartenir au monde occidental», s’énerve à Pékin le quotidien officiel «Global Times». L’ancien chef de l’Exécutif de Hong Kong, Leung Chun-ying, a offert 1 million de dollars de Hong Kong (125 000 francs suisses) à qui permettrait d’identifier les coupables.

La finance manifeste

Hormis la police, il n’y a plus guère de catégories professionnelles qui n’aient rejoint les rangs de la contestation. En fin de semaine dernière, des centaines de représentants du monde de la finance en costumes bien repassés se sont regroupés dans le quartier des affaires sous la bannière «La liberté tousse, les marchés s’effondrent», en brandissant des parapluies, symbole du mouvement prodémocratique. Même les fonctionnaires, pourtant menacés de sanctions pouvant aller jusqu’au licenciement, ont protesté par dizaines de milliers dans un parc du centre-ville. «Je me sens trahi parce que la police est devenue un outil politique», s’est indigné l’un d’eux. De nombreux habitants souhaitent une enquête indépendante sur les connivences pointées par beaucoup entre la police et les mafias pro-Pékin, dites «patriotiques». Le mois dernier, une centaine de membres des triades ont tendu une embuscade dans une gare à des manifestants qui rentraient chez eux. Armés de barres de fer, ils ont tabassé les voyageurs, faisant des dizaines de blessés. Le jeu de massacre a duré près d’une heure sans que la police n’intervienne.

Pékin, qui présente les manifestants comme «une poignée d’émeutiers manipulés par l’Occident», a diffusé la semaine dernière deux vidéos au contenu menaçant. L’une montre 190 000 policiers antiémeutes équipés d’hélicoptères «s’entraînant» dans la province du Guangdong, aux portes de Hong Kong. L’autre, diffusée par l’Armée populaire de libération, montre des soldats suréquipés, faisant usage de leurs armes et s’entraînant à contenir ce qui paraît être une foule de manifestants, à l’aide notamment de blindés. La caméra s’attarde sur un soldat casqué s’adressant aux pseudo-manifestants avec un haut-parleur, pour les avertir que «tous ceux qui resteront sur place prennent leurs responsabilités». C’est la même injonction, mot pour mot, qui avait été diffusée à Pékin le 3 juin 1989 au soir par les haut-parleurs de la place Tian’anmen, avant la répression sanglante du mouvement étudiant.

Tribune de Genève