2018-05-28 17:54

Le débat sur l'avortement gagne l'lrlande du Nord et ennuie Londres

Royaume-Uni

Après le vote chez ses voisins du sud, l’Irlande du Nord est prête à se déchirer sur l’IVG. Embarrassant pour Theresa May.

En adoptant le droit à l'avortement, l'Eire a fait un choix historique qui pose désormais un problème à sa voisine d'Irlande du Nord.

En adoptant le droit à l'avortement, l'Eire a fait un choix historique qui pose désormais un problème à sa voisine d'Irlande du Nord.

(Photo: Kestone)

  • Cathy Macherel

L’Irlande du Nord peut-elle rester le seul territoire des îles Britanniques où l’avortement demeure un délit? C’est la question qui se pose désormais après le vote historique de la République d’Irlande vendredi, qui a décidé par référendum d’abroger la loi interdisant l’IVG. Le débat faisait la «une» des médias nord-irlandais lundi, avec sondages à la clé. Le camp prochoix, dans une Irlande du Nord sans gouvernement régional depuis janvier 2017, administrée par des fonctionnaires, exhorte le gouvernement britannique à agir.

Contrairement au reste du Royaume-Uni, l’IVG – sauf en cas de danger pour la vie de la mère – demeure en effet interdite en Irlande du Nord. En octobre 2017, sous la pression des organisations prochoix, le parlement britannique avait adopté une loi permettant aux Irlandaises du Nord d’avorter gratuitement en Angleterre. Or le «oui», vendredi en Irlande, à la levée de l’interdiction d’avorter, appuyée par plus de 66% des voix, remet à nouveau la pression sur les autorités de Londres. «Si nous avions un gouvernement ici, nous serions déjà à ses portes pour le supplier de changer la loi. Comme ce n’est pas le cas, nous comptons sur l’aide de Westminster et de Theresa May pour nous donner ce dont nous avons besoin ici, en Irlande du Nord», lançait sur la BBC Sarah Ewart. Cette dernière avait dû se rendre en Angleterre en 2013 pour avorter suite à une malformation du fœtus, elle milite aujourd’hui pour une libéralisation de l’IVG en Irlande du Nord. Des députées britanniques, à gauche comme dans les rangs conservateurs, ont aussi promis qu’elles allaient œuvrer au parlement pour corriger «l’anomalie» nord-irlandaise. Même au sein du gouvernement, la ministre du Développement et de l’Égalité, Penny Mordaunt, y est allée de son credo.

Pour la première ministre Theresa May, c’est une nouvelle épine dans le pied. Car les conservateurs, affaiblis lors des dernières élections, tiennent leur majorité grâce à leur alliance avec le Parti unioniste d’Irlande du Nord (DUP), farouchement opposé à la libéralisation de l’avortement. Impossible de le froisser. «Le référendum de vendredi n’aura aucun impact sur la loi en Irlande du Nord», avertissait dimanche soir la cheffe de file du DUP, Arlene Foster.

La bataille semble pourtant bien lancée. Des activistes prochoix organisaient une manifestation lundi à Belfast, tandis que des militantes au volant d’un bus promettent de distribuer des pilules abortives jeudi.

Tribune de Genève